Écrits choisis de Monsieur Bertot





Monsieur Bertot





Choix effectué dans le Florilège Bertot

Avec extraits ajoutés en titres et table imprimable













Traité V. Degrés de l’Oraison ; comparés aux eaux qui arrosent un jardin.

l’eau de l’opération divine en l’âme dans ce degré n’est nullement aidée ni avancée par l’effort que l’âme voudrait faire pour faire donner plus ... les efforts … sont inutiles et servent seulement à troubler l’eau pure et cristalline de la source

[Quatrième degré]

À mesure donc que les gouttes de cette divine eau tombent, l’âme la reçoit ouvrant son sein, comme vous voyez qu’une terre bien desséchée reçoit une pluie douce qui s’imbibe en elle et commence à y faire tout revivre

tout se perd en telles âmes : désirs de salut, de perfection, d’excellence dans les voies de Dieu, jalousie, voyant les autres plus éminentes en sainteté ou faisant plus pour la gloire de Dieu, enfin, généralement tout ce qui marque quelque inclination pour être quelque chose, non seulement vers les créatures, mais encore devant Dieu.

Il ne faut donc pas en ce degré s’amuser au sentir ou non sentir, au voir ou non voir, avoir ou non avoir

[Troisième degré]

19. Les eaux précédentes, comme vous avez remarqué, ne venaient et ne pouvaient venir qu’autant et en la manière que l’âme en puisait à force de bras par les méditations et les lectures et les autres exercices de l’état méditatif dans le premier degré ; et dans le second, l’âme n’en pouvait avoir qu’autant qu’elle agissait en paix et en repos par la pompe, et cessant cette opération aussitôt l’eau de la grâce cessait.

Dans ce troisième degré, la chose ne va pas de même, d’autant que l’eau de la grâce et l’opération divine se donne et y est donnée par elle-même, si bien que la coopération qui est absolument nécessaire ne s’étend pas à faire venir l’eau, mais à diriger et conduire son effet et son usage ; et ainsi toute la coopération consiste dans l’usage pour faire venir les fleurs et pour arroser le jardin de l’âme. Où il faut extrêmement et fidèlement remarquer deux choses : la première, que l’eau de l’opération divine en l’âme dans ce degré n’est nullement aidée ni avancée par l’effort que l’âme voudrait faire pour faire donner plus d’eau que cette source n’en donne volontairement et qu’ainsi l’âme doit être dans un plein repos à cet égard, recevant l’écoulement continuel de la divine source coulant en elle. Et comme nous voyons que les sources d’eau ne se tarissent jamais, mais donnent toujours leurs eaux fort claires, aussi cette opération divine en ce degré, ayant commencé, ne cessera [71] jamais de donner également ses eaux très claires et autant claires qu’on les pourra avoir proches de la source.

20. La seconde que tous les efforts que l’on peut faire pour faire donner plus d’eau et plus promptement que la source ne le fait, sont inutiles et servent seulement à troubler l’eau pure et cristalline de la source. Ainsi en est-il de l’eau de l’opération divine en ce troisième degré. Il faut que l’âme peu à peu devienne et soit en un parfait repos sur cela, ne se troublant nullement pour agir afin d’avancer et de faire multiplier cette eau céleste dont elle est fort amoureuse en ce degré, mais plutôt il faut qu’elle demeure en un parfait repos qui égale le calme et la Majesté paisible avec laquelle une source donne ses eaux pures. Les prenant proches de la source, vous n’entendez nul bruit et vous ne vous apercevriez nullement de cette fécondité et de cet écoulement si le ruisseau qui est hors de la source, ne vous en donnait des marques : ainsi en doit-il être de l’âme. Il faut que peu à peu tout mouvement, tout désir, toute opération propre qui peut causer aucun bruit, cesse pour recevoir cette divine eau ou cette opération divine, laquelle venant du soin de Dieu, a ses desseins à elle, se donnant et ayant en soi tout ce qu’il faut selon les desseins éternels de Dieu sur l’âme où cette divine opération s’écoule et se donne.

[...]

23. Vous avez déjà vu et remarqué comment cette source d’eau qui est au milieu du jardin, marque et désigne très bien la source de l’opération divine et de l’eau vive au centre de l’âme, laquelle est toujours pleine d’eau et en donne autant que l’âme en a besoin1. Il est vrai que si cette source ne s’écoulait pas par les canaux, elle demeurerait en soi cachée [73] et inconnue, comme elle l’a été tant d’années avant que l’âme fût assez heureuse de la découvrir par ce don d’oraison en ce troisième degré. Mais le jardinier, qui est l’âme, ajustant les canaux, conduit cette eau divine selon ses besoins.

Qui sont ces canaux ? Ce sont l’oraison, les lectures et la récollection intérieure, par lesquels l’âme fait couler cette divine source ou, pour mieux l’exprimer, par lesquels cette divine source s’écoule avec joie. Car en vérité, comme une fontaine, dans le monde, n’est que pour écouler ses eaux pour l’utilité publique, aussi toute l’inclination de cette divine source n’est que de se donner […]

28. [...]

C’est pour lors vraiment qu’elle commence à voir et découvrir comme dans un miroir les beautés divines et ce qu’il y a de plus caché qu’elle n’approfondira qu’ensuite de l’usage de cette divine eau. Et ne croyez pas, comme j’ai dit, qu’elle voit cela extérieurement [77] et en peinture dans l’âme : elle devient ces choses, et ces choses mêmes sourdent et viennent d’elle admirablement. Comme l’autre degré qui suivra va bien plus avant et abondamment, perfectionnant cet admirable ouvrage que celui-ci ne fait qu’ébaucher, il suffit de dire ceci de cet admirable effet de cette eau divine.

29. Ici l’âme, voyant par expérience que cette divine eau est la seule source de ces merveilles avec cette coopération susdite de l’âme, elle n’a garde de se servir des aides extérieures, comme des idées, des raisonnements et d’autres choses.

[…]


[Quatrième degré]

50. À mesure donc que les gouttes de cette divine eau tombent, l’âme la reçoit ouvrant son sein, comme vous voyez qu’une terre bien desséchée reçoit une pluie douce qui s’imbibe en elle et commence à y faire tout revivre, si bien que l’âme a un plaisir, une joie et une satisfaction sans pareille [...]

[…]

59. [...]

Et il faut remarquer ici que tout se perd en telles âmes : désirs de salut, de perfection, d’excellence dans les voies de Dieu, jalousie, voyant les autres plus éminentes en sainteté ou faisant plus pour la gloire de Dieu, enfin, généralement tout ce qui marque quelque inclination pour être quelque chose, non seulement vers les créatures, mais encore devant Dieu. Et la raison de ceci est, comme nous avons commencé à en dire quelque chose, que cette divine pluie étant Dieu qui S’insinue et qui revivifie Son divin ouvrage, Il ne fera jamais rien qu’à mesure que l’âme tombe et est dans le néant, d’autant qu’ayant créé l’âme du néant jamais, Il ne la revivifie en cette manière que par le néant et dans le même néant. Ce qui est infiniment à observer parce qu’ici tout autre moyen actif est tellement ôté à l’âme qu’un très long temps elle en est fort peinée et a beaucoup de difficulté à se laisser doucement et suavement tomber en ce néant et cette cessation d’opérer. [...]

[…]

72. […] Il ne faut donc pas en ce degré s’amuser au sentir ou non sentir, au voir ou non voir, avoir ou non avoir ; mais il faut supposer sa foi constante et perpétuelle, car étant arrivé ici, [114] la foi est par état et l’âme en jouit par habitude et ainsi sans faire de réflexion sur l’acte. Supposé le Soleil levé au matin, on ne le réfléchit pas en doutant s’il est couché plus tôt qu’à son heure ordinaire ; et quoique souvent, durant le jour, il soit caché et que l’on ne le voit pas, on fait cependant que ce jour, quoique ténébreux à l’égard de cette belle clarté qui brille quelquefois, est le véritable soleil ; et ainsi l’on agit, l’on travaille et l’on fait tout comme s’il était fort clair et brillant. [...]

[...]

Traité VI. Voie de la perfection sous l’emblème d’un Nautonier

elle perd toute voie et sentier, devenant fort ignorante, sèche et pauvre.

(car) il faut par nécessité pour cet effet que Dieu devienne et soit le principe unique de tout ce qu’elle a et de ce qu’elle fait.

[De l’état du centre]

beaucoup gagner, c’est tout perdre ; ici être beaucoup éclairé, c’est avoir les yeux crevés

[…]

44. Car comme le vent étant parfaitement en la poupe d’un navire, les nautoniers se mettent en repos et vont au gré du vent qui les porte, aussi telle âme agitée est conduite par la divine opération en foi nue, cesse son travail de simple abandon à mesure que la divine opération devient nue ; et ainsi devenant beaucoup nue, l’âme cesse même ses simples abandons [152] ses vues simples et le reste qui était son ajustement à cette divine opération, toutes ces choses lui tombant des mains ou, pour mieux m’exprimer, tombant dans le néant par un repos qui s’augmente autant que cette divine opération continue. […]

[…]

53. [...] peu à peu elle lui ôte et lui dérobe les plus nobles et saintes images dont l’âme était saintement et magnifiquement embellie, savoir quantité de lumières de la voie, des secrets pour aller à Dieu, d’idées des perfections de Dieu, des Personnes divines. Et une infinité d’autres choses, qui font le remplissement admirable d’une âme contemplative. Toutes ces choses peu à peu s’effacent et elle perd toute voie et sentier, devenant fort ignorante, sèche et pauvre. [...]

[...]

La raison générale de tout ce que dessus est que comme Dieu veut, et qu’il est même nécessaire, qu’une âme qui est et demeure en son Centre soit toute divine, autrement elle n’y pourrait arriver ni demeurer, il faut par nécessité pour cet effet que Dieu devienne et soit le principe unique de tout ce qu’elle a et de ce qu’elle fait.

[…]


[De l’état du centre]

[…]

66. …l’avantage de celui-ci de nudité consiste en la plus grande perte et en l’outrepassement généreux [172] continuel et prompt de tout ce qui lui peut faire peine, doute, ou perte tant temporelle que spirituelle. Ici beaucoup gagner, c’est tout perdre ; ici être beaucoup éclairé, c’est avoir les yeux crevés […]

Traité VII. De l’oraison de foi sous la figure d’un petit oiseau

[…]

ce pauvre rien, étant une bonne fois rempli de la plénitude de Dieu, devient autant actif sans actes qu’il a été vide et néant

29. […] ...et autant que cette âme, étant dans ce vide infini précédent, expérimentait son vide infini et son rien, ce qui la faisait [207] toujours être sans subsistance aucune que dans un véritable rien, aussi ce pauvre rien, étant une bonne fois rempli de la plénitude de Dieu, devient autant actif sans actes qu’il a été vide et néant devant cette plénitude, et ses actes sont comme substantiels. Car comme Dieu est tout acte et un acte simple, aussi en cette âme Il est tout acte et toutes Ses divines perfections et les Personnes divines deviennent toutes louanges. Et comme Dieu est tout occupé vers Lui-même, Se donnant une louange infinie, Se connaissant et S’aimant selon Son mérite, aussi étant dans ce pauvre rien et la plénitude de ce pauvre rien, Il devient tout louange, tout connaissance, tout amour par cette créature, ce qui est une occupation autant agréable et féconde que l’âme a expérimenté son rien et son vide infini tombant en unité, comme j’ai déjà dit.

30. C’est ici où le chant de l’oiseau commence. […]

Traité X. Sur l’état du Centre & XI.  Avis.

elle découvre de choses à mourir, jusqu’à ce qu’enfin se trouvant beaucoup en Dieu, elle en découvre tant et tant qu’elle n’avait jamais découvertes et auxquelles elle n’avait jamais pensé. Ce qui met un grand fond d’humilité

Toutes les lumières, quelque belles et grandes qu’elles soient, n’étant pas le Soleil éternel, ne peuvent éclairer toute l’âme

PREMIÈRE DEMANDE2.

Si l’âme doit avoir actuellement Dieu en vue dans toutes les choses qu’elle fait afin que ces mêmes choses lui soient Dieu.

RÉPONSE

1. Il faut savoir que plus l’âme avance en simplicité et nudité, plus elle meurt à soi, et plus elle meurt, plus elle découvre de choses à mourir, jusqu’à ce qu’enfin se trouvant beaucoup en Dieu, elle en découvre tant et tant qu’elle n’avait jamais découvertes et auxquelles elle n’avait jamais pensé. Ce qui met un grand fond d’humilité en cette âme et au lieu que sa demeure en Dieu et ses démarches si avancées l’enorgueillissent, elles l’humilient étrangement, lui découvrant toujours tout de nouveau un pays si surprenant et auquel elle n’avait jamais songé si Dieu ne lui avait donné la grâce de se simplifier, car elle n’aurait jamais eu ni pu avoir l’ample lumière pour découvrir l’amplitude de sa misère, ce qui ne se peut faire que par Dieu et en Dieu.

Où il faut remarquer que notre âme étant créée à l’image et à la ressemblance de Dieu et pour Dieu, nous sommes d’une capacité qui Lui [267] correspond, et par conséquent qui est comme infinie. Ainsi à moins que d’avoir une lumière infinie qui peut être seulement Dieu, cette capacité ne peut être éclairée que de lumières moindres et au-dessous de Dieu, il reste toujours comme un pays infini à éclairer où il peut se trouver quantité de choses que nous ne pouvons pas voir.

2. Afin de mieux entendre cette importante vérité, je m’explique par une comparaison familière. Une personne entre dans un lieu fort obscur avec un flambeau : ce flambeau a sa capacité d’éclairer et n’éclaire que ce qu’il peut. Si l’on ajoute encore un autre flambeau, l’on découvre encore davantage ; et ainsi de plus en plus en multipliant les flambeaux. Mais si cette étendue du lieu à éclairer était toute la terre, comme par exemple dans une nuit obscure, tous les flambeaux possibles ne pourraient suffire et suppléer à la lumière du soleil, qui seul est capable d’éclairer la rondeur de la terre. Ainsi sans cet astre il y aurait toujours une infinité de choses non éclairées et cachées dans l’obscurité et l’oubli, que l’on ne verrait jamais : mais ce soleil matériel venant en son beau jour, tout devient éclairé et rien n’est caché à nos yeux.

3. Il en est de même de notre âme. Toutes les lumières, quelque belles et grandes qu’elles soient, n’étant pas le Soleil éternel, ne peuvent éclairer toute l’âme : elle demeure obscure en un million de coins et recoins, de manière que l’on est toujours dans l’obscurité et les ténèbres, à moins que le Soleil éternel ne l’éclaire. Mais comme en cette vie ce Soleil éternel se lève peu à peu, aussi ne tire-t-Il pas [268] l’âme tout d’un coup de ses ténèbres ; de même plus Il s’avance et plus Il l’éclaire, plus elle découvre ce qu’elle est, savoir toute misère, impureté et défaut. [...]

4. Jusqu’à ce que l’âme soit arrivée en Dieu, et qu’ainsi elle soit capable d’être peu à peu éclairée par lui, toutes les lumières qu’elle en a, n’ont pas été capables de l’éclairer ; mais seulement elles lui ont pu faire voir quelque partie de ses misères : si bien que ce n’est proprement qu’en ce temps qu’elle commence à se connaître et à être en état de se combattre. Tout n’est donc pas fait quand on arrive là ; mais plutôt les choses commencent en vérité, n’y ayant encore rien eu en l’âme de véritable et de solide.

[...]

Traité XII. Éclaircissements sur l’Oraison et la Vie intérieure

nous obscurcissant et en nous privant de notre propre lumière, … la foi étant purement et entièrement surnaturelle, … obscurcissant l’âme et la privant de sa lumière et capacité naturelle de voir pour rendre l’âme capable de voir par elle en manière divine et surnaturelle.

une goutte d’eau étant tombée dans la mer, de petite qu’elle était, elle devient la même mer, par la capacité qu’elle a d’être mêlée et perdue dans la mer, sans perdre cependant son être, et ensuite elle a les qualités de la mer, sa grandeur, sa force, son goût

[...]

26. La seconde raison [de cacher les beautés divines] est que, comme c’est la lumière de la vie présente, et que Dieu n’a pas de plus grand désir et de plus grand dessein que de la communiquer abondamment, il faut par nécessité qu’elle fasse toujours des nuages, des obscurités et des pauvretés, car par là seulement elle se communique et rend notre âme capable d’elle. Ce n’est donc point en voyant que l’on voit par la foi, c’est en nous obscurcissant et en nous privant de notre propre lumière, qui ne voit et qui ne juge des choses que par la capacité naturelle, et ainsi il faut par nécessité, que la foi étant purement et entièrement surnaturelle, elle aille toujours obscurcissant l’âme et la privant de sa lumière et capacité naturelle de voir pour rendre l’âme capable de voir par elle en manière divine et surnaturelle. [...]

Je sens une telle petitesse et un tel appauvrissement de moi et de toutes choses que je ne puis accommoder cela par mon esprit avec la grandeur de la foi et son opération toute merveilleuse3.

[...]

32. La raison pourquoi, c’est comme le dessein de Dieu par la foi, en son commencement, tend uniquement à faire sortir l’âme de soi-même, Il ne peut prendre un meilleur moyen, car, par cette petitesse, elle appauvrit et avilit tellement l’âme fidèle qu’elle vient à se mépriser d’une telle manière qu’elle ne fait nul état de soi ni de sa grâce. […]

33. Prenez garde que la semence, en pourrissant, prend vie. […]

37.

[…]

Prenez donc garde qu’une goutte d’eau étant tombée dans la mer, de petite qu’elle était, elle devient la même mer, par la capacité qu’elle a d’être mêlée et perdue dans la mer, sans perdre cependant son être, et ensuite elle a les qualités de la mer, sa grandeur, sa force, son goût : elle porte des navires, elle a le flux et reflux, elle est remplie de poissons, elle est leur [354] élément et est tout le reste que la mer est, d’autant qu’elle est perdue en elle et est devenue la mer. Ainsi une âme, laquelle est assez heureuse de s’être quittée soi-même par l’opération de la foi devient infiniment plus heureuse lorsqu’elle se perd en Dieu par son même moyen, jouissant là de Lui et de tout ce qu’Il est, mais cela par une manière si admirable et si facile qu’il est incompréhensible à moins de l’expérience. […]

[…]

Marcher sur la foi des âmes éclairées qui possèdent et certifient ; d’autant [409] que les sens et les puissances se trompent et se tromperont toujours jusqu’à ce qu’ils soient entièrement sortis d’eux-mêmes, et qu’ainsi étant recoulés dans le centre, ils ne voient et ne discernent pas par eux et par leurs capacités, mais bien par le centre en lumière divine [...]

II Correspondances (DM 2)

2.06 Chemin pour trouver Dieu.

si l’âme n’a rien et qu’il paraisse absolument qu’elle sert Dieu à ses dépens et sans consolation, tant mieux

puisque ce qui n’est pas de cette manière, soit dans l’un ou l’autre état, nourrit secrètement la propre volonté, la suffisance et l’orgueil, et ainsi tarit peu à peu la grâce, quoiqu’il paraisse que l’on soit animée de ferveur et de zèle

3. Ne vous étonnez donc pas si vous vous voyez fort obscure, incertaine et sans avoir rien de Dieu qui vous console et qui vous donne des marques qu’il vous aime et que vous l’aimez. Tout cela doit être reçu et non désiré : et si l’âme n’a rien et qu’il paraisse absolument qu’elle sert Dieu à ses dépens et sans consolation, tant mieux [...]

5. L’âme ne peut comprendre comment une vie si stérile de ferveurs et si dépourvue de grandes actions et avec une dureté qui tient de l’insensibilité de rocher, peut donner une eau si claire et cristalline. Cependant jamais les choses ne seront autrement, soit dans le monde ou dans la religion ; puisque ce qui n’est pas de cette manière, soit dans l’un ou l’autre état, nourrit secrètement la propre volonté, la suffisance et l’orgueil, et ainsi tarit peu à peu la grâce, quoiqu’il paraisse que l’on soit animée de ferveur et de zèle : et tout au contraire la mort, causée et opérée par le mystère caché de notre [29] condition, en nous étranglant cruellement et impitoyablement par la perte de tout ce que nous voulons et désirons, nous insinue la grâce et nous fait participants d’une secrète vie divine, que l’âme ne peut presque jamais découvrir en elle ; Dieu par sa bonté suspendant toujours la lumière, afin que la mort et la croix cruelle fassent mieux ce que Dieu désire.

[...]

2.11 Édifier avant que de dénuer.

l’âme étant une émanation de Dieu, elle est en soi-même capable de lumière et d’amour, et d’une grande pureté 

4. Et pour se convaincre de ce procédé dans l’ordre de la conduite de Dieu, il faut savoir que l’âme étant une émanation de Dieu, elle est en soi-même capable de lumière et d’amour, et d’une grande pureté ; et ainsi l’âme en soi est lumière et amour, si vous la considérez comme sortant des mains de Dieu. Elle s’est salie par le péché originel et par les actuels [42] qu’elle a commis. Le travail donc de l’âme est de se procurer, par les bonnes lumières et par l’amour puisé dans les saintes pratiques, la lumière et l’amour dont elle est en soi capable […]

[…]

2.31 Aller à Dieu par ce qu’on a.

Et voilà la cause pourquoi l’âme, quoiqu’elle [172] soit toujours en haleine pour expérimenter quelque chose de Dieu, pour l’ordinaire n’expérimente que sa corruption, qui se va toujours augmentant contre son gré

[...]

La pauvre créature qui ne sait presque jamais cette vérité à fond, ne peut vouloir être action de Dieu que ce qui va à la relever ou à l’annoblir ; mais ce qui est pour la renouveler par le fond et l’essence de son être, elle n’y connaît rien, à moins d’une révélation. Il faut donc savoir que Dieu opère Ses plus beaux ouvrages par la créature même, non en agissant, mais en défaillant ; et c’est opérer vraiment en Dieu. Comme nous voyons que chaque créature a un principe en soi pour la corruption par lequel elle défaut et périt pour changer en une autre ; de même Dieu S’écoule et S’insinue dans la pauvreté intérieure de Sa créature, afin que mourant par là à soi, elle se change en une autre.

Et voilà la cause pourquoi l’âme, quoiqu’elle [172] soit toujours en haleine pour expérimenter quelque chose de Dieu, pour l’ordinaire n’expérimente que sa corruption, qui se va toujours augmentant contre son gré ; et l’âme, ne comprenant et ne pouvant jamais comprendre ce procédé, va toujours se tourmentant et se peinant. Cependant supposé la fidélité, c’est l’opération de Dieu la plus sublime, Lequel caché dans l’être de Sa créature désireuse de Lui, concourt à sa corruption, à sa perte et à sa mort pour la faire vraiment mourir à soi, à son opération, à sa vie et à ses desseins, n’y comprenant rien à ses yeux et à ceux de Dieu selon son sentiment. [...]

[…]

2.45 Voie à la liberté divine

Tout ce qui est donc en nous, hors de nous et sur nous, est le moment de l’ordre divin ; et cet heureux moment, qui au commencement vide, apetisse, et anéantit l’âme, et qui à la suite la remplit non en la manière de la créature, mais en la manière de Dieu.

Mais les âmes que Dieu veut conduire par la foi, si elles sont fidèles, en les apetissant et humiliant, Il les fait sortir d’elles et par conséquent de leur capacité limitée 

[…]

11. Ce moment qui est ordre de Dieu, est ce qui est au moment le plus naturellement, c’est-à-dire, qui nous vient ou à cause de notre état, ou par les créatures agissant comme elles voudront, [260] ou de la providence quelle qu’elle soit. Tout ce qui est donc en nous, hors de nous et sur nous, est le moment de l’ordre divin ; et cet heureux moment, qui au commencement vide, apetisse, et anéantit l’âme, et qui à la suite la remplit non en la manière de la créature, mais en la manière de Dieu. Car comme il agit en anéantissant, il ôte ce qui la limite et l’étrécit ; et ainsi la rend capable de l’infini ; comme une goutte d’eau est capable et devient participante de l’amplitude de l’océan, non en recevant la mer en elle, mais en se perdant dans la mer.

12. Pardonnez-moi si je vais jusque-là, mais il est difficile de parler du rien et de la misère et petitesse où la foi et la vérité conduisent une âme, sans dire un mot en passant du terme où elles vont et de la manière qu’elles tiennent. Les autres grâces qui sont admirées des âmes qui les ont, et des créatures qui les remarquent, rendent bien les âmes qui les ont, capables de Dieu, comme un vase est capable d’une liqueur, laquelle est limitée par la capacité du vase ; et c’est pour cet effet que les dons grands et admirables sont donnés à ces âmes, comme la présence de Dieu, les vertus et le reste qui accompagne le don d’oraison et d’union. Ce qui fait qu’elles sont admirées en terre et portent grand fruit par leur exemple. Mais les âmes que Dieu veut conduire par la foi, si elles sont fidèles, en les apetissant et humiliant, Il les fait sortir d’elles et par conséquent de leur capacité limitée ; mais aussi pour l’ordinaire, elles ne sont en cette vie pour le goût ni selon le goût d’aucune créature : c’est le repas de Dieu seul. [261]

13. Courage donc, cher Frère, laissez-vous conduire et ensevelir dans la pourriture et le rien de vous-même...

[…]

2.46 Chemin pour trouver Dieu

qu’autant que Dieu veut Se faire trouver, autant Il abîme une âme dans l’humiliation et la mort. Il n’y a pas d’autre chemin et il n’y en aura jamais.

3. Ce que je vous dis pour ce qui est de l’intérieur des autres est très fréquent pour soi-même. Pour l’ordinaire une âme qui est en lumière divine, c’est-à-dire qui est assez heureuse d’avoir trouvé Dieu dans son fond où Il demeure sans jamais S’en séparer, jouit de Sa [263] lumière autant qu’elle est fidèle d’y demeurer et d’en jouir, mais non pas en sorte qu’elle puisse voir des objets en cette divine lumière et en jouir (ce qui est de nulle importance), sinon lorsque cette divine lumière est assez levée et que Dieu, soleil éternel, y est d’une manière qu’Il ne peut être sans objet, ce qui est beaucoup relevé. [...]

4. Et ce qui me ravit, si je m’entends, est que jamais on ne trouve cette source que par la mort de soi, par l’humiliation, par la pauvreté et par un million de providences semblables ; et qu’autant que Dieu veut Se faire trouver, autant Il abîme une âme dans l’humiliation et la mort. Il n’y a pas d’autre chemin et il n’y en aura jamais. [...]

[…]

2.51 Foi passive et son progrès.

L’âme ... n’a qu’à mourir et à se rendre de plus en plus continuellement présente à son opération et à sa vertu ; et elle trouvera que mourant et se quittant par ce moyen, il se fera en elle un œuvre que Dieu seul peut opérer.

1. […] Longtemps la foi est fort cachée et l’âme agit et travaille par l’instinct qu’elle sent, qui l’excite à chercher à mourir et à se détruire ; à quoi il faut être fidèle quelque renversement que l’on expérimente. [...]

2. Car il est certain que dès que la foi commence d’avoir le dessus sur l’opération des puissances, elle opère toujours sans manquer, non seulement l’âme étant en actuelle Oraison ou en récollection durant le jour ; mais encore par tout ce que la personne fait, et qui lui arrive de moment en moment : il n’y a rien qui lui échappe et où elle ne se trouve ; d’autant que c’est une véritable émanation de Dieu dont tout ce que l’on peut dire n’est rien en vérité de ce que c’est, étant un trésor infini.

3. L’âme donc qui commence à l’expérimenter et qui en est certifiée n’a qu’à mourir et à se rendre de plus en plus continuellement présente à son opération et à sa vertu ; et elle trouvera que mourant et se quittant par ce moyen, il se fera en elle un œuvre que Dieu seul peut opérer. De vouloir le comprendre c’est se tromper ; car cela ne se fera jamais ni dans son progrès ni dans sa perfection. On en peut dire quelque chose par la divine illumination, mais, que ce soit ce que l’on veut dire, cela ne se fera jamais.

[...]

2.63 Fidélité au divin néant en foi

 Il arrive assez ordinairement que l’âme ressent que plus elle tombe dans la simplicité et le calme, plus une certaine expérience de Dieu se manifeste ; tout de même que nous voyons qu’ayant laissé tomber quelque chose dans l’eau, on la laissera rasseoir et se calmer pour voir la chose plus facilement.

... L’âme demeure quelque temps de cette manière à genoux, sans que son intérieur change de constitution, afin de ne rien brouiller par son activité propre en produisant quelque acte, mais laissant cependant à Dieu une entière liberté d’incliner l’âme et d’imprimer en elle ce qu’Il désirera ; et pour lors si elle sent le désir de faire un acte d’adoration, d’offrande ou autre, elle le peut ; mais à moins que Dieu ne le marque, elle doit demeurer dans sa constitution abandonnée et passive pour laisser Dieu faire tout en elle et pour faire tout en Lui. L’âme doit continuer ce calme et cette récollection par manière d’habitude intérieure sans changer pour le changement des actions, soit allant au chœur, à l’oraison ou aux autres actions qui remplissent le jour.

7. Il arrive assez ordinairement que l’âme ressent que plus elle tombe dans la simplicité et le calme, plus une certaine expérience de Dieu se manifeste ; tout de même que nous voyons qu’ayant laissé tomber quelque chose dans l’eau, on la laissera rasseoir et se calmer pour voir la chose plus facilement. Il en est ainsi de l’âme : elle voit qu’en toutes ces actions, oraisons et conversations, elle n’a qu’à se laisser calmer, et cette divine foi par son fonds d’habitude s’éclaircit et manifeste ainsi ce qu’il faut pour faire chaque action saintement et dans le point de sa grâce. Ceci est d’expérience ; et les âmes qui ne l’ont pas ne peuvent comprendre cette conduite, qui est au-dessus de la capacité humaine et même de la grâce ordinaire, qui ne peut découvrir que ce que l’âme fait par elle-même, aidée de la grâce.[...]

[…]

II Correspondances (DM 3)

3.04 Etats de simplicité.

simple moyen sans moyen, demeurant simplement, et sans expérience de son union ni de l’opération de Dieu, unie et abandonnée au même Dieu qui la soutient, et la veut soutenir en cet état : tout ceci s’opérant en simplicité dans le fond de la volonté, qui n’y contribue que par une simple union

2. Il est aussi fort nécessaire d’être uniforme dans toute sa conduite, et de prendre la même manière dans les tentations de quelque nature qu’elles soient. Car si autrefois l’âme y résistait et y remédiait seulement et utilement par des actes contraires, et par des renonciations conformes à la tentation ; ici il ne faut que ce simple moyen sans moyen, demeurant simplement, et sans expérience de son union ni de l’opération de Dieu, unie et abandonnée au même Dieu qui la soutient, et la veut soutenir en cet état : tout ceci s’opérant en simplicité dans le fond de la volonté, qui n’y contribue que par une simple union et [par un] retour vers Dieu au fond de son âme ; ce qui dit toute chose à Dieu en secret sans que l’âme les spécifie.

[…]

3.15 Expérience de ses misères

5. Ce que vous expérimentez du secours de Dieu par ma présence, me convainc de la lumière que Sa bonté m’a donnée pour votre intérieur : savoir qu’il recevra grande grâce et grande lumière actuelle par le secours d’autrui, et qu’assurément il vous est nécessaire4. J[...]

[…]

3.29 Faire régner Dieu

Elles travaillent aussi bien de la main gauche que de la main droite. Et comme elles font régner Dieu sur elles-mêmes par l’oraison, par la bonace et par la vertu selon les occurrences de providence, aussi Le font-elles régner par leurs défauts et par l’expérience de leurs misères en travaillant à leur destruction.

1. Il est de très grande conséquence d’être bien convaincu que les allées et les venues de Dieu en notre âme, ne sont pas et ne doivent pas être toujours uniformes et semblables. [...]

4. Tout le contraire de ceci arrive aux âmes vraiment éclairées de Dieu et par l’expérience d’elles-mêmes. Elles travaillent aussi bien de la main gauche que de la main droite. Et comme elles font régner Dieu sur elles-mêmes par l’oraison, par la bonace et par la vertu selon les occurrences de providence, aussi Le font-elles régner par leurs défauts et par l’expérience de leurs misères en travaillant à leur destruction. Et quoiqu’en ces rencontres5 elles soient humblement humiliées de ce qu’elles sentent et de ce qu’elles sont, elles ne laissent pas, sous le poids de cette expérience tranquillement et humblement soufferte, d’avoir de la joie dans la pointe de l’esprit de se voir ainsi humiliées sous le pouvoir divin, afin de n’être rien devant lui, et de laisser ainsi peu à peu détruire ce fond inépuisable de propre estime en croyant toujours d’être et de pouvoir quelque chose.

[…]

3.30 Oraison véritable. Foi divine

qu’elle cesse ses opérations propres, et ainsi qu’elle ne se porte pas par simple intention aux actions de vertu, de charité et de sainteté ; mais bien qu’elle y soit appliquée par la main de Dieu. Cet état d’anéantissement est bien long ; et Dieu prend plaisir durant tout ce temps de priver et d’ôter à l’âme tout ce à quoi elle pourrait s’appliquer, soit naturellement ou surnaturellement 

le grand secret en cette vie n’est pas d’avoir ceci ou cela, quelque saint et éminent qu’il soit, mais bien que nous l’ayons et que nous opérions par l’opération de Dieu, sans nous arrêter à ce qu’Il fait ou à ce qu’Il ne fait pas, toutes ces choses n’étant que passagères

15. Il faut remarquer qu’il est de grande conséquence afin que Dieu prenne possession d’une âme, qu’elle cesse ses opérations propres, et ainsi qu’elle ne se porte pas par simple intention aux actions de vertu, de charité et de sainteté ; mais bien qu’elle y soit appliquée par la main de Dieu. Cet état d’anéantissement est bien long ; et Dieu prend plaisir durant tout ce temps de priver et d’ôter à l’âme tout ce à quoi elle pourrait s’appliquer, soit naturellement ou surnaturellement : il lui ôte ses œuvres de charité pour la mettre en solitude ; et lui dérobe les pratiques de vertu pour les lui donner plus substantiellement, et ainsi généralement tout le reste. Mais quand il semble bon à Dieu, il le lui rend l’une après l’autre, et l’y appliquent tout de nouveau : et comme Dieu en privant et en ôtant ses actions, devenait le principe des mouvements de l’âme ; aussi en redemandant et en donnant les mêmes actions il continue à en être le principe.

16. C’est pourquoi il faut vous tenir également en la main de Dieu, pour être comme il veut, et pour faire ce qu’il désire. Puisque donc votre âme depuis bien des années n’avait plus nul penchant, ni inclination pour des actions de charité envers le prochain, et que maintenant ce penchant et cette inclination reviennent, laissez-vous y aller doucement et suavement, comme un enfant conduit par la main de sa mère : laissez-vous à la providence divine qui vous présente ses actions de charité, et vous y tenez autant que la même providence vous marquera le vouloir de vous, n’y ajoutez ni n’y diminuez pas : mais seulement faite de jour en jour, et de moment en moment ce qui se présente, et quand la même providence ne vous présentera plus les occasions de pratiquer la charité, cesser de le vouloir et de vous y appliquer. [...]

18. D’où vient que le grand secret en cette vie n’est pas d’avoir ceci ou cela, quelque saint et éminent qu’il soit, mais bien que nous l’ayons et que nous opérions par l’opération de Dieu, sans nous arrêter à ce qu’Il fait ou à ce qu’Il ne fait pas, toutes ces choses n’étant que passagères ; mais pour l’autre, c’est ce qu’il peut y avoir de permanent et d’immobile dans la vie. D’où vient que les âmes qui ne sont pas suffisamment éclairées de la lumière divine pour faire cette distinction, s’arrêtent plus facilement et naturellement aux images de ce qu’elles ont ou de ce qu’elles n’ont pas, qu’à l’opération divine, et ainsi elles sont aussi mobiles que les moments sont vides et changeants, mais lorsqu’elles viennent à découvrir que l’opération divine est le solide et qu’il n’y a aucun moment qu’elle ne travaille dans notre âme, quoiqu’il nous arrive, elles s’y tiennent, bien que sans lumière et sans goût. Et ainsi elles établissent leur vie sur le solide et la pierre ferme : elles vont, elles viennent, elles travaillent, elles se reposent, elles font beaucoup, elles ne font rien ; et généralement elles font tout selon que la Providence le demande d’elles. ...

[…]

3.31 Lumière de foi

outrepassant tout dans un certain calme et oubli de toutes créatures, l’âme ayant été longtemps en cet exercice et y ayant beaucoup profité, pour lors la lumière divine substitue au lieu de Sa présence, Sa providence.

2. […] Il cache Sa présence que sa foi découvrait, et pour lors sa foi augmentant, Dieu substitue Sa Providence au lieu de Sa présence, où il y avait toujours quelque chose d’agréable et de perceptible ; et comme la foi lui faisait chercher et trouver la présence de Dieu en son intérieur comme en oubliant et en outrepassant tout dans un certain calme et oubli de toutes créatures, l’âme ayant été longtemps en cet exercice et y ayant beaucoup profité, pour lors la lumière divine substitue au lieu de Sa présence, Sa providence. [...]

[…]

3.32. Se voir en Dieu.

nous sommes cependant fort proches, n’ayant fait nulle différence de votre présence et de votre absence, départ et éloignement. Les âmes unies de cette manière peuvent être et sont toujours ensemble autant qu’elles demeurent et qu’elles vivent dans l’unique nécessaire : là, elles se servent et se consolent aussi efficacement, pour le moins, que si elles étaient présentes, et la présence corporelle ne fait que suppléer au défaut de notre demeure et perte en Dieu


les âmes qui sont destinées à mourir de cette manière en foi, doivent tellement mourir à elles-mêmes que dans la suite elles ne voient pas un moment qu’elles doivent choisir pour être d’une manière ou d’une autre, pour être dans un lieu ou dans un autre, pour être d’une façon qu’elles pourraient désirer ou d’une autre. Mais plutôt elles demeureront toujours dans la main de Dieu pour tout et toutes choses leur seront égales.


1. Je vous assure, Madame, que mon âme vous trouve beaucoup en Dieu, et qu’encore que vous soyez fort éloignée, nous sommes cependant fort proches, n’ayant fait nulle différence de votre présence et de votre absence, départ et éloignement. Les âmes unies de cette manière peuvent être et sont toujours ensemble autant qu’elles demeurent et qu’elles vivent dans l’unique nécessaire : là, elles se servent et se consolent aussi efficacement, pour le moins, que si elles étaient présentes, et la présence corporelle ne fait que suppléer au défaut de notre demeure et perte en Dieu. […]

2. C’est la misère présente du monde qui ne fait agir que par les sens et qui tient toute autre manière comme une chose chimérique et non réelle. [...]

[…]

9. Car les âmes qui sont destinées à mourir de cette manière en foi, doivent tellement mourir à elles-mêmes que dans la suite elles ne voient pas un moment qu’elles doivent choisir pour être d’une manière ou d’une autre, pour être dans un lieu ou dans un autre, pour être d’une façon qu’elles pourraient désirer ou d’une autre. Mais plutôt elles demeureront toujours dans la main de Dieu pour tout et toutes choses leur seront égales. Et au contraire, quand l’âme y a quelque part, il n’en va pas de même. Car toutes choses déchoient autant de leur opération pour donner Dieu à [une] telle âme qu’elles sont dans Son choix et dans Sa volonté.

Oui, mais, me dira-t-on, c’est donc une étrange captivité de n’user et de ne pouvoir user en rien de sa propre volonté ! C’est là au contraire que commence la vraie liberté, et autant que nous sommes en la main de Dieu pour n’avoir que Son unique conduite, autant le cœur se trouve vraiment en liberté.

[…]

3.57 Multiplicité, Simplicité, Nudité

Quand donc vous vous mettez en oraison, que faut-il faire ? Faut-il prendre encore un sujet ? Non ; quoi donc ? Y aller par où l’on est, car comme Dieu est en tout lieu et que Son centre est partout, tout conduit à Dieu

11. Quatrièmement. Quand donc vous vous mettez en oraison, que faut-il faire ? Faut-il prendre encore un sujet ? Non ; quoi donc ? Y aller par où l’on est, car comme Dieu est en tout lieu et que Son centre est partout, tout conduit à Dieu et tout chemin va à Lui, supposé que l’âme en ce degré de nudité vit en Sa présence soit dans la solitude ou dans l’action. Il faut donc aller à l’oraison par où l’on est, c’est-à-dire n’y porter que sa simple présence en abandon, souffrant l’état où l’on est, demeurant là humblement de cette manière […]

[...]

3.58 Degrés pour arriver à la vie spirituelle

commencer à entrer dans l’intérieur du temple, je veux dire de Dieu même ; et pour cet effet Dieu lui soustrait ses lumières, ses goûts et les désirs de Lui. […]

...elle avait parfois recours à quelques prières, à quelques applications intérieures par actes ; mais présentement sans savoir comment, elle commence à avoir scrupule quand elle les fait, il lui paraît que ce n’est que pour se délivrer du tourment qui la presse

3. [...]

Le second degré qui suit, et qui est comme une récompense de ce premier, est l’oraison passive en lumière, qui n’est autre chose qu’une quantité de lumières divines données de Dieu dans les puissances ; et leur effet particulier est de les purifier, en leur faisant voir la beauté de Dieu et la beauté de la vertu, leur donnant quantité de éclaircissements sur la voie d’aller à Dieu.

[...]

5. Ce troisième degré est commencer à entrer dans l’intérieur du temple, je veux dire de Dieu même ; et pour cet effet Dieu lui soustrait ses lumières, ses goûts et les désirs de Lui. [...]

9. […] ...elle avait parfois recours à quelques prières, à quelques applications intérieures par actes ; mais présentement sans savoir comment, elle commence à avoir scrupule quand elle les fait, il lui paraît que ce n’est que pour se délivrer du tourment qui la presse ; et de plus elle y découvre tant d’impuretés qu’elle voit que c’est tout à fait par elle-même, et que ce n’est pas Dieu qui en est le principe ; et cela elle le sent. […]

3.59 Trois degrés du don de la foi.

désespérée de soi-même un long temps, Dieu insensiblement, et presque sans qu’elle s’en aperçoive, la réveille ; et ainsi le second degré de la foi commence, qui n’est pas plus lumineux que l’autre, mais qui a pour effet en l’âme un certain repos et une paix qui insensiblement croît.

croyez-vous que ce soit plus lumineusement et plus sensiblement que dans les deux degrés précédents ? Non ; tout au contraire, comme l’âme est pour lors forte, elle est capable de goûter de la foi nue et sans voile : ce qui est cause qu’elle se donne à elle, et la conduit dans cet abîme divin de Dieu lui-même, non par lumière et goût, mais par elle-même

1. Quand une âme est appelée à la voie de la foi et qu’elle en a reçu la certitude, elle doit mourir infiniment et incessamment à son esprit, et à ses appuis ; autrement son esprit lui est une source de peines et bien souvent la cause de son total retardement. La simplicité d’esprit et de cœur est donc le fonds où cette semence croît, et se fortifie peu à peu et fructifie. Faute de se simplifier, on ne fait que faire et défaire ; et enfin l’esprit et la nature [356] sont des sangsues qui consument les grâces...

2. […]

... j’ai beau chercher, désirer, faire Oraison : je ne saurais trouver. Cependant sans perdre courage, insensiblement elle tombe dans le désespoir d’elle-même, étant convaincue peu à peu qu’elle n’y peut rien ; et ainsi elle se laisse là comme une chose inutile en paix et en abandon, affamée cependant de faire toujours son Oraison, et d’être en son silence, et de se précautionner par la solitude et la garde de son âme ; mais tout cela comme si cela ne valait rien, et comme inutilement.

3. Étant demeurée désespérée de soi-même un long temps, Dieu insensiblement, et presque sans qu’elle s’en aperçoive, la réveille ; et ainsi le second degré de la foi commence, qui n’est pas plus lumineux que l’autre, mais qui a pour effet en l’âme un certain repos et une paix qui insensiblement croît. Il ne faut pas penser que l’âme soit sans incertitudes, sans des peines de toutes sortes durant ce degré : au contraire comme l’âme y a moins de son actif, par conséquent aussi a-t-elle plus de frayeur de se perdre, mais Dieu opérant en l’âme par la foi, est impitoyable. [...]

Mais, me direz-vous, ces âmes qui sont donc conduites par la foi dans ces deux degrés, sont-elles longtemps à marcher cette route ? Oui, elles y sont quelquefois quinze et vingt années, je dis, même les plus favorisées ; étant toujours cependant libre au bon Dieu d’accourcir et abréger ce temps, en augmentant les peines, et faisant par l’intensité ce que l’extension aurait fait.

4. Mais enfin quand par ces deux démarches la foi a heureusement mis l’âme en Dieu, elle lui en donne la jouissance (qui est le troisième degré). De vous dire le comment, cela n’est pas possible dans cette lettre ; il suffit de vous qu’elle le fait. Mais croyez-vous que ce soit plus lumineusement et plus sensiblement que dans les deux degrés précédents ? Non ; tout au contraire, comme l’âme est pour lors forte, elle est capable de goûter de la foi nue et sans voile : ce qui est cause qu’elle se donne à elle, et la conduit dans cet abîme divin de Dieu lui-même, non par lumière et goût, mais par elle-même ; et cela lui est une peine qui ne se peut exprimer. Elle a donc un paradis sans en jouir, et elle est possédant peu à peu toutes choses sans en avoir le domaine. Il faut par nécessité être en ce degré pour savoir l’état crucifiant où elle est.

[…]

3.60 Avis pour l’état de la foi nue

Dieu n’exige d’elle sinon qu’elle ne retienne pas volontairement ses défauts et infidélités ; et aussitôt ils tombent en Dieu.

elles ont expérimenté que l’âme, étant créée pour Dieu, est capable d’en jouir, elles comprennent que par conséquent, étant capables de jouir de Lui, elles sont aussi propres pour agir par Son opérer, l’opérer suivant l’être. Mais comme il est fort difficile, à moins d’expérience, de comprendre comment notre âme est capable en son centre de jouir de l’unité divine, aussi est-il très difficile de comprendre comment cette âme, jouissant de cette unité, opère par elle et en elle, non une chose, mais toutes choses.

bien que l’âme n’ait pas cette douce assurance que Dieu donne quelquefois de tel jugement, il faut subsister en nue foi au-dessus de toutes choses dans sa perte, guidée et soutenue, sans soutien, par telle assurance de jugement. Et à moins de cela, l’âme sera toujours accrochée à quelque chose en soi, y ayant une infinité de choses qui nous peuvent solliciter de mettre la main aux glaïeuls pour nous arrêter dans notre perte

8. […] Dieu n’exige d’elle sinon qu’elle ne retienne pas volontairement ses défauts et infidélités ; et aussitôt ils tombent en Dieu. Ils y sont consumés un million de fois mieux qu’ils n’étaient autrefois (l’âme étant éloignée de Dieu) par les actes, les examens et les contritions formelles. Et plus l’âme mourant à elle-même se simplifie et enfin devient néant, plus aussi Dieu S’approche d’elle, jusqu’à ce qu’enfin L’ayant et Le possédant en son centre, elle ne soit plus. Pour lors et allant peu à peu là, la manière de remédier et consumer ses défauts et ses désunions, dissemblances et divisions, se simplifie et s’ajuste au degré d’approche et de jouissance de Dieu. […]

12. Les créatures qui n’ont pas expérimenté la force, l’étendue et l’efficacité de cette opération (d’autant qu’elles n’ont pas expérimenté Dieu en unité) ne peuvent jamais comprendre d’autre opérer que le distinct sensible et spirituel, par la raison qu’elles n’ont jamais goûté Dieu, ni peut-être entendu parler de Lui que par Ses effets et non en Lui-même et par Lui-même.

Mais aussitôt qu’elles en ont goûté, et qu’elles ont expérimenté que l’âme, étant créée pour Dieu, est capable d’en jouir, elles comprennent que par conséquent, étant capables de jouir de Lui, elles sont aussi propres pour agir par Son opérer, l’opérer suivant l’être. Mais comme il est fort difficile, à moins d’expérience, de comprendre comment notre âme est capable en son centre de jouir de l’unité divine, aussi est-il très difficile de comprendre comment cette âme, jouissant de cette unité, opère par elle et en elle, non une chose, mais toutes choses. Comme l’un est très véritable, l’autre l’est également ; mais il est plus difficile à comprendre à cause de notre mauvaise habitude d’opérer pour nous et par nous-mêmes ; et c’est la raison pourquoi plusieurs âmes ayant quelque jouissance de Dieu en déchoient incessamment ; d’autant que leur opérer n’est pas égal à leur être, ce qui doit toujours être, car selon que nous avons et jouissons de Dieu, aussi devons-nous opérer également par Lui et en Lui.

13. Et comme il est très vrai que jamais une âme n’arrive en Dieu véritablement que par son unité, et qu’en tombant en unité ; aussi faut-il nécessairement que peu à peu s’approchant de Dieu elle soit simplifiée : ce qui est la cause que jamais une âme qui n’est pas encore arrivée en Dieu, ne peut être sans son opération propre, ne commençant à la perdre que lors qu’elle commence de tomber dans l’unité divine. […]

23. Quelqu’un me pourrait dire que cela est trop relevé et qu’il ne faudrait ni parler ni écrire de ces choses-là. Pour moi je trouve tout le contraire et j’ai une très grande reconnaissance pour ceux qui en ont parlé, d’autant que cela rassure6. Et de plus il n’y a rien à craindre, car quoique cette grâce soit grande et le commencement d’une très grande, elle est plus facile infiniment que les commencements, je veux dire pour l’avoir et en jouir. Et il ne faut pas appréhender que telles choses si hautes causent de la vanité. C’est une tromperie de ceux qui ne sont pas expérimentés, et qui ont pris pour la vérité quelque idée d’une imagination faible puisée dans quelque livre, car si la vérité paraît, l’humilité, la mort à soi et le désir d’être inconnu vont de pas égal avec cette grâce : si cela n’est pas, c’est une idée et non la vérité.

[…]

Je ne saurais assez vous dire deux choses que je crois d’une conséquence infinie. La première, que l’âme qui est conduite par le don de foi en perte de Dieu, ne doit jamais s’arrêter sur le jugement qu’elle porte de soi, d’autant que, ne voyant et n’expérimentant que sa mort, sa perte et son néant, elle ne peut qu’être abattue et rabaissée par un tel jugement, ce qui lui peut nuire au cas que cela la porte à s’assurer par quelque chose de perceptible, quoique très secret. Car si l’âme est assez forte pour ne pas se mettre en peine du jugement que son esprit propre fait de son état par la pauvreté qu’elle porte et sur ce qu’elle expérimente de misères, tant intérieures qu’extérieures, ce jugement, au lieu de lui nuire, lui servira beaucoup, n’étant pas assez d’être perdue et dans le néant devant Dieu et les créatures qui remarquent peu de bien et de choses relevées en elle, mais encore en son propre jugement, ce qui est le meilleur, étant ce en quoi nous vivons le plus, par quoi nous subsistons davantage en nous-mêmes et ainsi qui empêche beaucoup et sans remède notre perte et anéantissement en Dieu.

27. Mais bien doit-elle absolument et inébranlablement s’arrêter au jugement que quelque personne beaucoup expérimentée en cette voie aura fait de sa vocation, de son état et du degré où elle en est.

Je dis absolument et inébranlablement pour marquer que bien que l’âme n’ait pas cette douce assurance que Dieu donne quelquefois de tel jugement, il faut subsister en nue foi au-dessus de toutes choses dans sa perte, guidée et soutenue, sans soutien, par telle assurance de jugement. Et à moins de cela, l’âme sera toujours accrochée à quelque chose en soi, y ayant une infinité de choses qui nous peuvent solliciter de mettre la main aux glaïeuls pour nous arrêter dans notre perte, comme ferait une personne laquelle roulerait dans un précipice, et par la peur s’agraferait et s’arrêterait à quelques branches ou glaïeuls pour s’assurer.

[...]

3.67 Commencement de la vie en Dieu.

la lumière du soleil est bien un moyen par lequel notre œil voit autant que sa capacité s’en sert, mais non en donnant la capacité même, et de plus elle n’a ni ne fait voir ce qu’il découvre par sa clarté, que hors de lui, dans l’objet que vous regardez. Mais pour ce qui est de la lumière essentielle, lumière de foi en commencement de sagesse, non seulement elle fait voir les choses en vérité, mais encore elle est elle-même la capacité même, nous la communiquant et nous la donnant

C’est ce qui fait que cette manière d’être et de voir n’est jamais propre à notre vue ni à notre propre être, mais qu’elle est très facile quand nous perdons tout notre propre pour être vivifiés et éclairés par un principe vivifiant, qui est cette lumière de foi en sagesse divine.

ce mystère et cette grâce ne se passent et ne s’opèrent que dans le centre de l’âme où est Dieu et où Il opère en Lui-même, car cette partie de l’âme a cette capacité d’être et de se perdre en Dieu sans qu’aucune créature y puisse entrer. C’est là où se font les grands ouvrages

11. […] Car la lumière du soleil est bien un moyen par lequel notre œil voit autant que sa capacité s’en sert, mais non en donnant la capacité même, et de plus elle n’a ni ne fait voir ce qu’il découvre par sa clarté, que hors de lui, dans l’objet que vous regardez. Mais pour ce qui est de la lumière essentielle, lumière de foi en commencement de sagesse, non seulement elle fait voir les choses en vérité, mais encore elle est elle-même la capacité même, nous la communiquant et nous la donnant : si bien que l’âme qui en est honorée, voit autant que sa lumière est forte et pure, et non autrement, sa lumière lui donnant et lui étant sa capacité, dans laquelle elle voit et jouit de ce que cette divine lumière, qui lui est Dieu, lui découvre volontairement, non en objets et objectivement, mais en Dieu, où toutes choses ont vie et font la vie.

[…]

13. C’est ce qui fait que cette manière d’être et de voir n’est jamais propre à notre vue ni à notre propre être, mais qu’elle est très facile quand nous perdons tout notre propre pour être vivifiés et éclairés par un principe vivifiant, qui est cette lumière de foi en sagesse divine. Et ceci est cause que l’âme qui commence à goûter et jouir de cette admirable lumière hors de soi, n’a pas de cesse que peu à peu elle n’en soit absolument sortie. [...]

C’est pourquoi dans le degré dont nous parlons, ce mystère et cette grâce ne se passent et ne s’opèrent que dans le centre de l’âme où est Dieu et où Il opère en Lui-même, car cette partie de l’âme a cette capacité d’être et de se perdre en Dieu sans qu’aucune créature y puisse entrer. C’est là où se font les grands ouvrages, et c’est là où l’âme a la capacité d’être et de devenir tout ce que Dieu veut. C’est là où elle cesse d’être elle-même, perdant son propre5, étant et vivant en Dieu, quoique son être ne se perde jamais réellement, mais bien par une désappropriation qui, la faisant tomber dans le Néant, la fait être en Dieu véritablement.

[…]

3.69. De la lumière de vérité et de ses effets. [Réponse].

lumière du centre, d’autant qu’elle peut seulement éclairer cette divine portion où Dieu réside et demeure, ne pouvant jamais éclairer les puissances, mais plutôt les faire défaillir par son étendue immense, qui tient toujours de la grandeur de Dieu, en quelque petits degré et commencement qu’elle soit. C’est pourquoi elle n’est jamais particulière, mais générale, elle n’est jamais multipliée, mais en unité

Cette aurore s’accroît insensiblement et se dilate, et ainsi le soleil se répand imperceptiblement sur toute la face de la terre

il suffit que vous soyez assuré qu’il n’y a nul danger, mais plutôt grande utilité de laisser perdre la vue des choses particulières, le sentiment de vos désirs et la multiplicité de vos découvertes pour aller à Dieu : il vous suffit que la lumière du centre soit commencée, pour vous assurer que vous n’avez plus de besoin de la voie pour marcher. Il vous suffit donc que votre âme tombe peu à peu dans le calme et dans la nudité, et par là peu à peu le terme et la fin se développera et se dévoilera en vous.

cette lumière centrale quoiqu’elle ne demande du côté de l’âme que la mort seulement, elle demande cependant tout. Car comme elle donne tout, elle exige le tout, mais en sa manière : c’est-à-dire que, comme Dieu est notre premier principe et qu’Il a mis en nous Ses merveilles en nous faisant à Son image, et comme nous sommes déchus de cet état en réfléchissant sur nous et en voulant nous posséder et en nous possédant et ainsi en devenant le principe de nos volontés, de nos désirs, de nos pensées et de tout le reste, jusques où notre libre arbitre a pu aller, il faut par nécessité, afin que Dieu rentre tout de nouveau en possession de tout notre être et de tout nous-mêmes selon qu’Il nous a créés, que nous recommencions à nous laisser posséder par ce principe divin

Une paix générale et profonde se saisit de tout elle-même, ce qui est son oraison et le tout de son âme, ne se mettant plus en souci de ce qu’elle a ou de ce qu’elle n’a pas. Tout tombe, s’abîme et se fond en cette paix, laquelle plus elle s’accroît, plus elle devient en unité et l’unité de Dieu.

Mon très cher frère.

[...]

Elle est appelée aussi lumière du centre, d’autant qu’elle peut seulement éclairer cette divine portion où Dieu réside et demeure, ne pouvant jamais éclairer les puissances, mais plutôt les faire défaillir par son étendue immense, qui tient toujours de la grandeur de Dieu, en quelque petits degré et commencement qu’elle soit. C’est pourquoi elle n’est jamais particulière, mais générale, elle n’est jamais multipliée, mais en unité, et les puissances ne pouvant avoir que du particulier ne peuvent donc la recevoir qu’en s’éclipsant et se perdant heureusement (comme les étoiles par la lumière du soleil) dans le centre, où peu à peu cette divine lumière les réduit, en s’augmentant et croissant.

Remarquez que je viens de dire qu’en quelque commencement qu’elle soit, elle est générale et totale, étant un éclat de la face de Dieu ; et cependant ce total va toujours augmentant, éclairant et développant peu à peu le centre de l’âme et la Vérité éternelle en ce centre, de la même manière que vous voyez que le soleil se levant peu à peu commence par son aurore. Cette aurore s’accroît insensiblement et se dilate, et ainsi le soleil se répand imperceptiblement sur toute la face de la terre, l’éclaire et il produit tous les beaux effets que nos yeux lui découvrent.

2. Il n’en va pas de même des puissances : car outre qu’elles ne font voir que la voie et le particulier, et ne peuvent jamais autrement, quelque élevées qu’elles soient par leurs lumières particulières, elles ont toujours tout successivement et en quelque manière trompeusement. Je dis successivement, faisant tantôt voir une chose tantôt l’autre dans une multiplicité qui n’a point de fin si la lumière du centre ne la finit ; et ainsi cette diversité de voir tantôt une chose tantôt l’autre, met en l’âme quelque confusion, d’où naissent les désirs qui accompagnent inséparablement et infailliblement toutes les lumières des puissances, qui n’ont la vérité qu’en désirs et non en aucune réalité ; plus ces lumières des puissances augmentent, plus les désirs s’accroissent ; et ainsi l’augmentation et la fin de telles lumières est l’accroissement des désirs. Ce qui est tout différent en la lumière du centre, d’autant qu’aussitôt qu’elle commence, elle fait naître le calme en l’âme, et son augmentation est l’accroissement du repos. De telle manière que l’on peut par là juger quand la lumière des puissances finit et que celle du centre et de vérité commence, d’autant qu’un certain repos et calme se saisit de l’âme, ce qui lui donne un certain assouvissement, qui ôte peu à peu, ou fait disparaître cette multiplicité anxieuse, cette faim et ces désirs de Dieu et des choses saintes. [...]

3. Remarquez aussi que je vous ai dit que la lumière des puissances était trompeuse : cela est vrai, et elle ne peut jamais faire autrement ; car elle montre toujours ce qu’elle n’a pas, et elle paraît incessamment ce qu’elle n’est pas. Car opérant en la manière de la créature, et ne donnant que les choses créées et en la manière créée, elles paraissent toujours beaucoup et font peu de choses : si bien que qui s’arrête à leur éclat, et qui juge par leur lumière, est toujours trompé ; d’autant qu’il croit toujours avoir plus qu’il n’a, jugeant par ce qu’il voit et goûte. Ce qui ne donne pas peu de peine aux âmes qui ont quelque semence de l’autre lumière ; car elles croient incessamment avoir trouvé l’affaire et le secret, et cependant ensuite elles trouvent que ce n’est rien. Cela vient de ce que les puissances ne peuvent jamais recevoir que des choses créées et en la manière créée ; et comme les créatures ne sont rien en vérité, aussi tout le procédé créé est toujours à rien.

Il en va tout autrement de la lumière du centre. On n’y voit rien, et on y voit tout ; on y a tout, et on n’y possède rien ; on n’y remarque rien, et on y jouit de tout : ainsi elle n’a rien d’extérieur et d’apparence qui trompe ; et il faut toujours juger en foi, c’est-à-dire dans l’inconnu et dans le caché, ce que l’on fait en s’assurant de son seul repos.

[...]

4. [...] ...il suffit que vous soyez assuré qu’il n’y a nul danger, mais plutôt grande utilité de laisser perdre la vue des choses particulières, le sentiment de vos désirs et la multiplicité de vos découvertes pour aller à Dieu : il vous suffit que la lumière du centre soit commencée, pour vous assurer que vous n’avez plus de besoin de la voie pour marcher. Il vous suffit donc que votre âme tombe peu à peu dans le calme et dans la nudité, et par là peu à peu le terme et la fin se développera et se dévoilera en vous. [...]

6. L’âme ne peut avoir de cesse, d’autant que c’est Dieu qu’elle poursuit et par un moyen si général et si nu qu’elle n’a qu’à mourir peu à peu, et elle fait toujours ce qu’il faut. Elle n’attend rien de particulier en elle pour faire oraison, ou pour se disposer à quoi que ce soit. Elle doit être certaine que cette lumière du fond et du centre de l’âme ne s’éclipse non plus ni ne peut non plus s’éclipser, que Dieu peut quitter une âme. Les vicissitudes sont passées, les lumières des puissances finissant : ainsi l’âme ne doit rien attendre pour se mettre en oraison, ni ne doit rien avoir pour la continuer, mais elle doit supposer sa lumière toujours présente et mettre les yeux de son âme en elle. Et elle verra assurément, sans voir, et elle aura sans rien avoir de distinct, et Dieu travaillera et fera en elle ce qu’il lui faut sans apercevoir Son opération, car Son opération est une non-opération à notre mode, c’est-à-dire une opération en repos et une multitude de choses en unité. Cette divine lumière donc qui ne peut être expliquée ni déclarée que par telles choses d’expérience, et non par la qualité des choses qu’elle produit, va travaillant toujours incessamment, autant que l’âme se laisse mourir, non par effort qu’elle fasse, mais par la vertu efficace de cette simple lumière uniforme et divine.

Je dis non par effort qu’elle fasse, pour exclure tous les efforts particuliers par actes, aspirations, élévations et intentions : car elles ne sont plus de saison, et l’âme y doit mourir peu à peu pour se laisser écouler insensiblement dans l’opération divine, qui dans l’âme en cet état est toujours en acte pour élever l’âme, pour la purifier et pour la perfectionner selon le dessein éternel de Dieu. Cette cessation d’efforts consiste donc en la perte de ces choses, mais non en la cessation de la générosité avec laquelle l’âme doit poursuivre Dieu ; car elle est toute autre, non en agissant vers Dieu, mais en mourant et perdant son soin, ce qui consiste proprement à peu à peu ne faire plus les choses par soi-même et à ne les quitter par soi, mais à les faire et quitter par un principe divin qui est toujours présent à l’âme pour, par lui, faire et ne pas faire ce qu’il faut à chaque moment.

7. Si bien que cette lumière centrale quoiqu’elle ne demande du côté de l’âme que la mort seulement, elle demande cependant tout. Car comme elle donne tout, elle exige le tout, mais en sa manière : c’est-à-dire que, comme Dieu est notre premier principe et qu’Il a mis en nous Ses merveilles en nous faisant à Son image, et comme nous sommes déchus de cet état en réfléchissant sur nous et en voulant nous posséder et en nous possédant et ainsi en devenant le principe de nos volontés, de nos désirs, de nos pensées et de tout le reste, jusques où notre libre arbitre a pu aller, il faut par nécessité, afin que Dieu rentre tout de nouveau en possession de tout notre être et de tout nous-mêmes selon qu’Il nous a créés, que nous recommencions à nous laisser posséder par ce principe divin : lequel, reprenant tout de nouveau possession de tout nous-mêmes, fait un usage admirable de tout ce que nous sommes, non par une contrainte comme de mort, ainsi que beaucoup de personnes non expérimentées pourraient le croire, mais par une liberté si naturelle, mais divine, que vraiment expérimentant quelque chose de ceci, l’on voit qu’étant hors du principe divin, l’on était hors de son être naturel, mais que rentrant dans le gouvernement divin, l’on reprend son être véritable, sa véritable liberté et que mourant à soi pour être mû par ce principe divin, peu à peu chaque chose en nous reprend sa nouvelle vie.

8. L’âme donc ici n’a point de pratique particulière ; mais elle a seulement une attention générale pour ne rien faire par soi-même et ainsi, soit à l’oraison ou dans l’action, pourvu qu’elle soit fidèle en ceci, tout est en bon ordre, d’autant que Dieu ne manque jamais de Se communiquer à chaque moment, selon l’exigence et la nécessité de l’état où l’âme est. [...]

11. N’avez-vous jamais pris garde qu’il soit impossible à une personne de voir son visage soi-même ? Il faut qu’elle le voie dans quelque glace. Or Dieu est le véritable miroir, dans lequel nous nous pouvons voir certainement et sans fausseté. […]

Il est certain que toute notre beauté divine est dans sa source et dans son origine en Dieu. Ainsi nous voyant en la lumière et par la lumière du centre, nous voyons non seulement nos défauts, nos misères et notre Néant comme des taches actuelles que nous avons contractés, de la même manière que l’on voit cette tache dans un miroir : mais encore de surplus, et ce qui est surprenant, voyant en Dieu toute notre beauté originaire, par là nous découvrons la laideur et la difformité dans laquelle nous sommes : ainsi nous ne voyons pas seulement les misères et les taches actuelles ; mais encore tout ce qui nous empêche d’être dans la beauté parfaitement selon la vue de notre original.

12. C’est donc là vraiment que l’on commence de se connaître, et que l’esprit d’humilité commence à prendre des racines…

[…]

22. Tout ceci s’exécute par la lumière divine centrale avec une raison divine très éminente et que l’on trouve à la suite très générale et miséricordieuse, afin de dépouiller l’âme, la dénuer et la simplifier de telle manière que peu à peu cette divine lumière réduit l’âme en son unité, laissant en elle, pour toute disposition, une sérénité, un calme et une unité si paisible que l’âme est suffisamment convaincue qu’elle est en la main de Dieu, quoique hors d’elle et infiniment éloignée de sa multiplicité.


24. [...] L’âme sortant peu à peu de soi par l’écoulement de cette divine lumière, qui donnant l’unité divine, donne un tel dénuement, une telle pureté, et fait sortir l’âme d’une telle distinction que cela peut être possédé, et l’âme en peut jouir, mais non l’exprimer : elle peut bien en jouir en lumière divine, mais non en l’âme. Là elle n’a rien de distinct et a cependant tout, là elle n’a rien de multiplié et a toutes choses : et ainsi elle a tout et elle n’a rien ; ce qui fait que peu à peu elle arrive à un souverain repos qui lui ôte tout désir, toute recherche, toute prétention. Car trouvant l’unité divine, par laquelle tout est et subsiste, aussi a-t-elle le comble de son désir, lequel se va augmentant plus son repos s’accroît. Une paix générale et profonde se saisit de tout elle-même, ce qui est son oraison et le tout de son âme, ne se mettant plus en souci de ce qu’elle a ou de ce qu’elle n’a pas. Tout tombe, s’abîme et se fond en cette paix, laquelle plus elle s’accroît, plus elle devient en unité et l’unité de Dieu.

[...]

3.70. Dieu tout en l’âme [Réponse]

la créature mourant à soi et ne s’appropriant rien par sa propre opération, reçoit purement de moment en moment ce qu’elle est et pour quoi elle est et ce qu’elle doit opérer ; et par cette même opération divine par laquelle elle reçoit cela, elle reçoit aussi force et faculté pour retourner vers son principe.

Dieu se donnant à elle non seulement pour sa perfection et pour la remplir de lui selon sa capacité ; mais encore pour la rendre capable de toutes les choses pour lesquelles il l’approprie, faisant seulement de moment en moment ce que raisonnablement il faut pour ce qui se présente en ce moment.

3. Où il faut remarquer un grand et important principe, savoir que comme Dieu est pour Lui-même et par Lui-même tout ce qu’il Lui faut pour Se béatifier Soi-même pleinement, sans avoir besoin que de Lui ; aussi est-Il tel pour la créature. Je dis pour la créature, d’autant qu’Il est son centre, sa perfection et son bonheur ; par sa créature, d’autant aussi que la créature sort de Dieu comme une émanation qui a toute Sa perfection, non seulement en Sa ressemblance et en Sa jouissance, mais encore en ce que la créature se laisse réfléchir vers son Créateur qui, en lui donnant l’être et tout ce qu’elle a de moment en moment et le lui communiquant, retire à Soi ces mêmes dons, c’est-à-dire toute Sa créature, comme vous voyez que le soleil se communiquant par ses rayons, les fait retourner vers lui par de douces vapeurs, d’autant que tout ce que Dieu fait, Il le fait pour Soi-même.

Et ainsi la créature mourant à soi et ne s’appropriant rien par sa propre opération, reçoit purement de moment en moment ce qu’elle est et pour quoi elle est et ce qu’elle doit opérer ; et par cette même opération divine par laquelle elle reçoit cela, elle reçoit aussi force et faculté pour retourner vers son principe. Ainsi une âme qui a peu à peu appris à mourir à elle-même en quittant son opération propre, se rend capable de l’opération divine, qui est de moment en moment ne manque jamais de lui donner tout ce qui il lui faut, mais en sorte que cette même opération sans se souiller dans la créature fait ce retour vers Dieu. De cette manière la créature n’ayant que ce moment, jouit de tous, et à tout ce qu’il lui faut, sans qu’elle ait besoin de rien : puisqu’il est très certain que Dieu ne se donne jamais à demi ; mais qu’il se donne pleinement à sa créature de moment en moment, pour lui-même. Jamais il ne regarde sa créature pour la créature, mais pour lui-même ; jamais il n’aime la créature pour elle, mais pour lui ; jamais il n’y soigne pour elle, mais pour lui : et ainsi étant appliqué à lui-même par un amour infini, il s’applique de cette même manière à sa créature. Et comme la créature ne le regarde que rarement de cette manière, aussi a-t-elle peine à trouver cette opération divine si continuelle, si pleine et si surcomblée comme dans la vérité elle est.

5. Car il faut remarquer que Dieu est se communiquant et se donnant de moment en moment à cette âme, ou pour mieux dire, que chaque moment est à telle âme DIEU7. Dieu se donnant à elle non seulement pour sa perfection et pour la remplir de lui selon sa capacité ; mais encore pour la rendre capable de toutes les choses pour lesquelles il l’approprie, faisant seulement de moment en moment ce que raisonnablement il faut pour ce qui se présente en ce moment. Ceci paraît extraordinaire et surprenant ; cependant il est très vrai et fort ordinaire à une âme qui sortant peu à peu de soi et de son opération, est entrée en l’opération divine. Et tout ceci n’est que bégayer…

6. Ce que l’âme a donc à faire est de ne rien faire par elle-même, mais bien de faire et de souffrir tout ce qui se présente de moment en moment ; et ainsi elle aura tout ce qu’il lui faut pour être pleinement contente et pour pleinement contenter Dieu dans ce moment et toujours ; d’autant que la plénitude un moment remplit l’autre ; et ainsi de moment en moment elle est et fait tout ce qu’il faut pour remplir ce que Dieu désire d’elle, sans chercher les choses, comme font les âmes qui vivent dans leur propre opération et de leur propre opération. […]

II Correspondances (DM 4)

4.60 Sûreté de l’abandon.

Tenez-vous seulement dans l’abandon sans abandon ; et quoique vous n’en ayez ni lumière ni goût, ne laissez pas de demeurer comme cela. Souffrez dans ce même abandon les choses qui vous arriveront, votre âme étant quelquefois comme un vaisseau dans la mer, qui de fois à autre est tout renversé, si bien que les gens même qui sont dedans sont tous en alarme et en désordre : et cela cependant n’empêche pas que le bateau ne demeure dans la mer. Ainsi quand l’âme sait s’abandonner, elle sait [comment] ne jamais quitter Dieu.

Pour ce qui est de votre intérieur, laissez-vous aller haut et bas comme Dieu voudra. Tenez-vous seulement dans l’abandon sans abandon ; et quoique vous n’en ayez ni lumière ni goût, ne laissez pas de demeurer comme cela. Souffrez dans ce même abandon les choses qui vous arriveront, votre âme étant quelquefois comme un vaisseau dans la mer, qui de fois à autre est tout renversé, si bien que les gens même qui sont dedans sont tous en alarme et en désordre : et cela cependant n’empêche pas que le bateau ne demeure dans la mer. Ainsi quand l’âme sait s’abandonner, elle sait [comment] ne jamais quitter Dieu. Et comme les gens du bateau se troublent quelquefois, de même les habitants de notre âme, qui sont nos sens et les puissances [de l’âme], sont tous troublés à cause des grandes tempêtes : mais tout cela ne nous fait rien non plus qu’au bateau, [à] savoir que tout cela ne saurait empêcher qu’il ne demeure dans la mer. Et enfin plût à Dieu que comme les tempêtes et les grands orages souvent engloutissent et abîment les vaisseaux, de même Dieu veuille qu’étant fondées sur l’abandon les grandes tempêtes nous abîment et [nous] perdent dans la mer infinie qui est Dieu même ! Car il me semble, chère Sœur, que c’est là le chemin. Que les autres qui peuvent trouver d’autres voies pour arriver à la vie, y aillent.

Onze dernières lettres de M. Bertot dans le même ordre à une même personne : 

4.75. Perte de tout en Dieu.

Ne vous étonnez point de vos chutes passées, mais perdez-vous aux pieds de la divine Bonté avec toutes vos infidélités. Il faut que vous demeuriez toute perdue et abîmée en Dieu seul, pour ne plus rien voir, ni en vous ni en aucune chose, mais Dieu seul en toutes les créatures. De même que pendant un beau jour en plein midi on ne voit plus dans le ciel que le soleil, ainsi vous ne devez voir que le soleil de Justice et Sa présence en toutes choses.

Il agit toujours, et Se repose toujours. De même vous devez vous reposer sans cesse et agir néanmoins doucement et paisiblement, quoique fortement, pour tendre toujours à Dieu et au néant dans la simplicité et unité.

si j’entre dans cette unité divine, je vous attirerai8, vous et bien d’autres qui ne font qu’attendre. Et tous ensemble, n’étant qu’un en sentiment, en pensée, en amour, en conduite et en disposition, nous tomberons heureusement en Dieu seul, unis à Son Unité, ou plutôt n’étant qu’une unité en Lui seul, par Lui et pour Lui.

1. Ne vous étonnez point de vos chutes passées, mais perdez-vous aux pieds de la divine Bonté avec toutes vos infidélités. Il faut que vous demeuriez toute perdue et abîmée en Dieu seul, pour ne plus rien voir, ni en vous ni en aucune chose, mais Dieu seul en toutes les créatures. De même que pendant un beau jour en plein midi on ne voit plus dans le ciel que le soleil, ainsi vous ne devez voir que le soleil de Justice et Sa présence en toutes choses. Vous ne pouvez assez entrer dans le repos et dans la paix intérieure, car c’est la voie pour arriver où Dieu vous appelle avec tant de miséricorde. Je vous dis que c’est la voie, et non pas votre centre : car vous ne devez pas vous y reposer ni y jouir, mais passer doucement plus loin en Dieu et dans le néant : c’est-à-dire qu’il ne faut plus vous arrêter à rien, quoiqu’il faille que vous soyez en repos partout. Sachez que Dieu est le repos essentiel et l’acte très pur en même temps et en toutes choses : au-dedans et au-dehors de Sa divine essence, Il agit toujours, et Se repose toujours. De même vous devez vous reposer sans cesse et agir néanmoins doucement et paisiblement, quoique fortement, pour tendre toujours à Dieu et au néant dans la simplicité et unité. Ce repos ne doit point interrompre cette action, ni l’action votre repos : c’est là dormir et veiller, agir et se reposer ; et c’est ce que Dieu demande de vous.

2. Je vous en dis infiniment davantage intérieurement et en présence de Dieu : si vous y êtes attentive, vous l’entendrez. Soutenez-vous en Dieu nuement et simplement, seule et une, c’est-à-dire dépouillée de toutes choses, simplement toute telle que vous êtes, seule sans idée, et ramassée dans l’unité d’une seule chose, d’une seule pensée, d’une seule affaire : une à un Dieu, une en Dieu, enfin un Dieu, et après cela plus rien, ni de vous, ni des créatures, mais Dieu seul, Dieu seul en qui tout doit être perdu et abîmé pour le temps et pour l’éternité. N’ayez donc plus d’idées, de pensées, de sentiments de vous-même, non plus que d’une chose qui n’a jamais été et ne sera jamais. Qu’il en soit de même de tout ce qui n’est point Dieu seul.

Demeurons ainsi, j’y veux demeurer avec vous et je vais commencer aujourd’hui à la sainte messe. Je suis sûr que si je suis une fois élevé à l’autel, c’est-à-dire que si j’entre dans cette unité divine, je vous attirerai9, vous et bien d’autres qui ne font qu’attendre. Et tous ensemble, n’étant qu’un en sentiment, en pensée, en amour, en conduite et en disposition, nous tomberons heureusement en Dieu seul, unis à Son Unité, ou plutôt n’étant qu’une unité en Lui seul, par Lui et pour Lui. Adieu en Dieu.

4.76 Sur le même sujet.

Dieu est infini ; et dès le moment que nous entrons en lui, nous devons nous y approfondir à chaque moment à l’infini, sans nous violenter pourtant : car tout s’opère en paix, en silence, en profondeur ; et par mort et anéantissement total de vous-même et de toutes choses, vous serez simple en Dieu, c’est-à-dire seule à seul.

Jésus-Christ vous appelle à la solitude pour y parler à votre cœur des choses qui surpassent tous les sens : vous n’avez qu’à l’écouter. Conservez-vous bien dans un profond silence ; ne vous laissez toucher d’aucune chose, ni au dehors ni au-dedans de vous-même : mais vous tenant toujours dans un grand vide de tout, vous trouverez un profond abîme de Dieu, dans lequel vous vous perdrez sans vous relâcher, sans cesser et sans vous borner.

2. Dieu est infini ; et dès le moment que nous entrons en lui, nous devons nous y approfondir à chaque moment à l’infini, sans nous violenter pourtant : car tout s’opère en paix, en silence, en profondeur ; et par mort et anéantissement total de vous-même et de toutes choses, vous serez simple en Dieu, c’est-à-dire seule à seul. Pensez que la simplicité de Dieu leur rend solitaire en lui-même, et séparé de tout ce qui n’est point sa propre essence : il faut aussi que la simplicité vous sépare de tout ce qui n’est pas le fond intime et profond de vous-même, afin que ce fond touche Dieu, et qu’il ne soit qu’unité en Dieu au-delà de toutes les douceurs et sentiments, quoique cela soit bon.

4.81. L’état d’anéantissement parfait en nudité entière

De l’état d’anéantissement parfait en nudité entière, où l’âme est et vit en Dieu, au-dessus de tout le sensible et perceptible.

1. Le dernier état d’anéantissement de la vie intérieure est pour l’ordinaire précédé d’une paix et d’un repos de l’âme dans son fond, qui peu à peu se perd et s’anéantit, allant toujours en diminuant, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de sensible et de perceptible de Dieu en elle.

dans cet état il ne paraît plus à l’âme ni haut ni bas, ne se trouvant aucune distinction ni différence entre le fond et les puissances, tout étant réduit dans l’unité, simplicité et uniformité

quelques-uns appellent aussi cet état, état d’unité et de simplicité. Mais dans la dernière consommation de cet état, il ne paraît plus dans l’âme ni unité ni simplicité, tout cela étant comme perdu et anéanti. Et bien plus, elle n’a plus de chez soi, c’est-à-dire elle n’a plus d’intérieur, n’étant plus retirée, ramassée, recueillie et concentrée au-dedans d’elle-même ; mais elle est et se trouve au-dehors dans la grande nudité et pauvreté d’esprit dont je viens de parler, comme si elle était dans la nature et dans le vide. D’où vient qu’elle ne sait si elle est en Dieu ou en sa nature.

il se passe néanmoins de temps en temps de certaines vicissitudes et changements de dispositions en leurs sens, et même leurs puissances se trouvent quelquefois émues et agitées par quelque sujet de peine. Pendant ces vicissitudes et agitations, elles ne laissent pas de demeurer en paix en leur fond, ce qui se doit entendre d’une paix nue, simple et solide.

1. Le dernier état d’anéantissement de la vie intérieure10 est pour l’ordinaire précédé d’une paix et d’un repos de l’âme dans son fond, qui peu à peu se perd et s’anéantit, allant toujours en diminuant, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de sensible et de perceptible de Dieu en elle. Au contraire elle reste et demeure dans une grande nudité et pauvreté intérieure, n’ayant que la seule foi toute nue, ne sentant plus rien de sensible et de perceptible de Dieu, c’est-à-dire des témoignages sensibles de Sa présence et de Ses divines opérations, et ne jouissant plus de la paix sensible dont elle jouissait auparavant dans son fond ; mais elle porte une disposition qui est très simple, et jouit d’une très grande tranquillité et sérénité d’esprit, qui est si grande que l’esprit est devenu comme un ciel serein.

2. Et dans cet état il ne paraît plus à l’âme ni haut ni bas, ne se trouvant aucune distinction ni différence entre le fond et les puissances, tout étant réduit dans l’unité, simplicité et uniformité, et comme une chose sans distinction ni différence aucune. D’où vient que quelques-uns appellent aussi cet état, état d’unité et de simplicité. Mais dans la dernière consommation de cet état, il ne paraît plus dans l’âme ni unité ni simplicité, tout cela étant comme perdu et anéanti. Et bien plus, elle n’a plus de chez soi, c’est-à-dire elle n’a plus d’intérieur, n’étant plus retirée, ramassée, recueillie et concentrée au-dedans d’elle-même ; mais elle est et se trouve au-dehors dans la grande nudité et pauvreté d’esprit dont je viens de parler, comme si elle était dans la nature et dans le vide. D’où vient qu’elle ne sait si elle est en Dieu ou en sa nature.

Elle n’est pourtant pas dans la nature ni dans le vide réel, mais elle est en Dieu qui la remplit tout de Lui-même, mais d’une manière très nue et très simple, et si simple que Sa présence ne lui est ni sensible ni perceptible, ne paraissant [260] rien dans tout son intérieur qu’une capacité très vaste et très étendue.

3. Dans cet état, l’âme se trouve tellement contente et satisfaite qu’elle ne souhaite et ne désire rien plus que ce qu’elle a, parce qu’ayant toujours Dieu et étant toute remplie et possédée de Lui dans son fond, quoique d’une manière très simple et très nue, cela la rend si contente qu’elle ne peut souhaiter rien davantage. L’âme se trouve comme si elle était dissoute et fondue, ainsi qu’une goutte de neige qui serait fondue dans la mer, de manière qu’elle se trouve devenue comme une même chose avec Dieu.

4. Dans cet état il n’y a plus ni sécheresses, ni aridités, ni goût, ni sentiment, ni suavité, ni lumière, ni ténèbres, et enfin ni consolation ni désolation, mais une disposition très simple et très égale.

Il est à remarquer que quand je dis qu’il n’y a plus de lumière en cet état, j’entends des lumières distinctes dans les puissances. Car l’âme, étant en Dieu, est dans la lumière essentielle, qui est Dieu même, laquelle lumière est très nue, très simple et très pénétrante, et très étendue, voyant et pénétrant toutes choses à fond comme elles sont en elles-mêmes : non d’une manière objective, mais d’une manière où il semble que toute l’âme voit, et par une lumière confuse, générale, universelle et indistincte, comme si elle était devenue un miroir où Dieu Se représente et toutes choses en Lui. L’âme se trouve comme dans un grand jour et dans une grande sérénité d’esprit, sans avoir rien de distinct et d’objectif dans les puissances voyant, dis-je, tout d’un coup et dans un clin d’œil toutes choses en Dieu.

5. Cet état est appelé état d’anéantissement premièrement parce que toutes les lumières, vues, notions et sentiments distincts des puissances sont anéantis, cessés et comme évanouis, si bien que les puissances restent vides et nues, étant pour l’ordinaire sans aucune vue ni aucun objet distinct. Néanmoins l’imagination ne laisse pas de se trouver souvent dépeinte de quelques espèces qu’elle renvoie à ces autres puissances et qui les traversent de distractions ; mais ces distractions sont si déliées, qu’elles sont presque imperceptibles, et passent et repassent dans la moyenne région, comme des mouches qui passent devant nos yeux, sans qu’on les puisse empêcher de voler.

6. Secondement cet état est aussi appelé état d’anéantissement parce que toutes les opérations sensibles et perceptibles de Dieu sont cessées et comme évanouies. Et même cette paix et ce repos sensibles qui restaient en l’âme après toutes les autres opérations sensibles, tout cela, dis-je, est anéanti. L’âme demeure nue et dépouillée de tout cela, sans avoir plus rien de sensible ni de perceptible de Dieu, se trouvant en cet état toujours dans une grande égalité et dans une disposition égale, soit en l’oraison, soit hors de l’oraison, dans une disposition intérieure très nue sans rien sentir de Dieu, si ce n’est dans certains intervalles, mais rarement. D’où vient que la plupart des personnes qui sont dans cet état ne font plus guère d’oraison parce qu’elles ont toujours Dieu et sont toujours en Dieu, étant comme je viens de dire, toujours en même état, dans l’oraison comme [262] hors de l’oraison. Et comme elles sont pour l’ordinaire dans une grande nudité intérieure, cela fait qu’elles pourraient bien s’ennuyer dans l’oraison si le temps était trop long. Mais il faut surmonter toutes les difficultés et y donner un temps suffisant, lorsqu’on est en état de le faire.

7. Il est à remarquer encore que, bien que ces âmes se trouvent pour l’ordinaire dans une égale disposition intérieure, c’est-à-dire toujours égales dans leur fond et toujours dans cette disposition très nue et très simple, il se passe néanmoins de temps en temps de certaines vicissitudes et changements de dispositions en leurs sens, et même leurs puissances se trouvent quelquefois émues et agitées par quelque sujet de peine. Pendant ces vicissitudes et agitations, elles ne laissent pas de demeurer en paix en leur fond, ce qui se doit entendre d’une paix nue, simple et solide.

8. Enfin, en cet état, Dieu est la force, l’appui et le soutien de ces âmes dans ces occasions de souffrances, de peines et de contradictions qui leur arrivent, leur donnant la force et la grâce de les porter en paix et tranquillité, non en les appuyant et soutenant sensiblement comme dans l’état précédent, mais en leur donnant une force secrète et cachée pour soutenir ainsi en paix et tranquillité ces souffrances, peines et contradictions. Ce qui est une marque infaillible que ces âmes sont à Dieu, car si elles n’étaient que dans la nature, elles n’auraient pas cette force de souffrir. Cependant la nature ne laisse pas de ressentir quelquefois des peines et contradictions, et leurs puissances, surtout l’imagination, ne laisse pas comme je viens de dire de demeurer durant quelque temps dépeintes et agitées de ces peines. Mais Dieu les soutient par une vertu et une force secrète en nudité d’esprit et de foi, si bien qu’elles souffrent et supportent tout avec paix et tranquillité d’esprit. Car quoique leurs puissances et leurs sens soient dépeints de leurs sujets de peine et que cela les émeut et agite, néanmoins elles demeurent en paix dans leur fond sans fond et dans une paix sans paix, c’est-à-dire dans une paix qui n’est plus sensible, mais nue, simple et solide : c’est comme un certain calme, repos et tranquillité de toute l’âme.

9. Enfin l’état et la constitution ordinaires de ces âmes est de ne rien voir de distinct dans leurs puissances et de ne rien sentir dans leur intérieur de sensible de Dieu, ni de Ses divines perfections, opérations, écoulements, infusions, influences, goûts, suavités ni onctions, et de se trouver dans cette grande nudité d’esprit sans autre appui ni soutien que la foi nue. Mais quoiqu’elles ne voient rien de distinct, elles voient néanmoins toutes choses en Dieu et, quoiqu’elles ne sentent rien, qu’elles ne goûtent rien, qu’elles ne possèdent rien sensiblement de ces divins écoulements, néanmoins elles ont et possèdent réellement Dieu au-dedans d’elles-mêmes.

10. Dans cet état ces âmes vivent toujours à l’abandon et étant abandonnées d’état et de volonté à la conduite de Dieu sur elles, pour faire d’elles et en elles tout ce qu’Il voudra pour le temps et pour l’éternité ; et bien qu’elles ne soient plus en état d’en faire des actes sensibles, elles ne laissent pas d’être abandonnées, ne désirant jamais rien que ce que Dieu voudra, ni vie ni mort. Elles ne pensent à rien, ni au passé ni à l’avenir, ni à salut, ni à perfection, ni à sainteté, ni à paradis, ni à enfer ; et elles ne prévoient rien de ce qu’elles doivent faire et écrire dans les occasions qui ne sont pas arrivées, mais laissent tout cela à l’abandon. Et quand les occasions se présentent d’écrire, de dire ou de faire quelque chose, alors Dieu leur fournit ce qu’elles doivent dire et faire, et d’une manière plus abondante, féconde et parfaite qu’elles n’auraient jamais pu prévoir d’elles-mêmes par leur prudence naturelle.

11. Enfin dans cet état ces âmes jouissent d’une grande liberté d’esprit, non seulement pour lire et pour écrire, mais aussi pour parler dans l’ordre de la volonté de Dieu. Et ces âmes parlent souvent sans réflexion et comme par un premiers mouvement et impulsion qui les y porte et entraîne.

12. Ces âmes ne laissent pas en cet état si simple et nu de s’acquitter fidèlement des devoirs de leur état, car Dieu qui est le principe de leurs mouvements et actions, ne permet pas qu’elles ne manquent à rien de leurs obligations.








Un relevé de « sentences »

§ tout le bonheur d’une âme consiste en la communication de l’esprit intérieur que Dieu désire de lui communiquer

§ Tout ce qu’est notre âme est une semence divine de Dieu et de tout Lui-même — Cette eau — commence à faire germer — toute l’âme est une terre qui produit — une multitude de merveilles en unité

§ tout se perd en telles âmes : désirs de salut, de perfection, d’excellence dans les voies de Dieu, jalousie — tout ce qui marque quelque inclination pour être quelque chose — comme un homme qui, sans savoir le chemin de la mer, suivrait une rivière

§ nue, l’âme cesse même ses simples abandons, [152] ses vues simples et le reste qui était son ajustement à cette divine opération, toutes ces choses lui tombant des mains§ cette opération divine — n’en fait perdre que l’impur ou les images grossières qui nous étaient appropriées, et par conséquent la nourriture de notre propre opération — ce qui arrive en hiver aux fleurs, aux feuilles

§ cherchera — non comme une chose qu’elle n’a pas, mais bien qu’elle a et qu’elle peut encore avoir par une manière encore infiniment plus parfaite — la manière que l’on clarifie de l’eau ? On n’a qu’à la laisser reposer et aussitôt elle devient transparente.

§ Une personne entre dans un lieu fort obscur avec un flambeau : ce flambeau a sa capacité d’éclairer et n’éclaire que ce qu’il peut. — ce soleil matériel venant en son beau jour, tout devient éclairé et rien n’est caché à nos yeux

§ lumière du fond n’éclaire qu’en unité — La foi tire, perd et consume peu à peu la multiplicité

§ quelque chose de la vie de l’âme dans son centre. RÉPONSE. L’âme n’y vit pas, c’est Dieu qui vit en elle — Qui en a et en veut avoir davantage, n’a rien sinon des expressions qu’il faut laisser perdre, autrement il expérimentera sa vie et non la vie de Dieu

§ dans Sa grandeur et Majesté, Il n’aurait été que pour quelques-uns

§ la lumière de la foi, laquelle commençant et se communiquant par le centre et l’unité de l’âme, s’augmente peu à peu et imperceptiblement, et sans violenter ni les sens, [403] ni les puissances pour faire extase — comme nous voyons que la lumière du soleil, sans faire de violence aux étoiles et sans les ôter de leur naturel

§ La foi, au lieu d’occuper et de remplir l’entendement, le met en vide et dans une vaste et très pure lumière qui ne peut occuper ni être occupée de rien.

§ comme un luth qui ne dit ni ne peut dire mot que par le mouvement de celui qui l’anime.

§ l’ajustement — à l’ordre divin — Ceci met un grand calme en l’âme

§ Otez votre vous-même, vous ôtez les objets — en la vraie lumière

§ le vrai néant est d’avoir purement ce que Dieu nous fait avoir. — être tout ce dont Dieu est le principe.

§ les créatures — ne peuvent point être son remplissement naturel — remplie de Dieu par ses besoins

§ que vous secouriez les personnes que la Providence vous adresse — en abandon à la conduite divine

§ il vous suffit de vivre bonnement dans la liberté de votre état

§ voyez par la lumière du soleil les objets, mais elle-même, étant fort pure, est invisible

§ Le grand dessein de Dieu est que plusieurs âmes arrivent dès cette vie à la jouissance de ce pourquoi elles sont créées

§ aller à l’oraison par où l’on est, c’est-à-dire n’y porter que sa simple présence en abandon

§ cessation d’efforts consiste donc en la perte de ces choses, mais non en la cessation de la générosité avec laquelle l’âme doit poursuivre — point de pratique particulière ; mais elle a seulement une attention générale pour ne rien faire par soi-même

§ j’ai de quoi fournir abondamment pour vous et pour beaucoup d’autres. — c’est un fond inépuisable qui n’est autre que mon néant

§ Goûtez et voyez, aimez et connaissez



2. Un poème ?

§ tout le bonheur d’une âme consiste en la communication de l’esprit intérieur que Dieu désire de lui communiquer

§ Tout ce qu’est notre âme est une semence divine de Dieu et de tout Lui-même — Cette eau — commence à faire germer — toute l’âme est une terre qui produit — une multitude de merveilles en unité

§ tout se perd en telles âmes : désirs de salut, de perfection, d’excellence dans les voies de Dieu, jalousie — tout ce qui marque quelque inclination pour être quelque chose — comme un homme qui, sans savoir le chemin de la mer, suivrait une rivière

§ nue, l’âme cesse même ses simples abandons, [152] ses vues simples et le reste qui était son ajustement à cette divine opération, toutes ces choses lui tombant des mains§ cette opération divine — n’en fait perdre que l’impur ou les images grossières qui nous étaient appropriées, et par conséquent la nourriture de notre propre opération — ce qui arrive en hiver aux fleurs, aux feuilles

§ cherchera — non comme une chose qu’elle n’a pas, mais bien qu’elle a et qu’elle peut encore avoir par une manière encore infiniment plus parfaite — la manière que l’on clarifie de l’eau ? On n’a qu’à la laisser reposer et aussitôt elle devient transparente.

§ Une personne entre dans un lieu fort obscur avec un flambeau : ce flambeau a sa capacité d’éclairer et n’éclaire que ce qu’il peut. — ce soleil matériel venant en son beau jour, tout devient éclairé et rien n’est caché à nos yeux

§ lumière du fond n’éclaire qu’en unité — La foi tire, perd et consume peu à peu la multiplicité

§ à la suite que la lumière se fait grande en l’âme, elle ne peut s’amuser aux discernements intérieurs

§ quelque chose de la vie de l’âme dans son centre. RÉPONSE. L’âme n’y vit pas, c’est Dieu qui vit en elle — Qui en a et en veut avoir davantage, n’a rien sinon des expressions qu’il faut laisser perdre, autrement il expérimentera sa vie et non la vie de Dieu

§ Dieu lui a fait la grâce de lui communiquer le don de foi pour — ne pas être amoureuse de telles communications

§ dans Sa grandeur et Majesté, Il n’aurait été que pour quelques-uns

§ la lumière de la foi, laquelle commençant et se communiquant par le centre et l’unité de l’âme, s’augmente peu à peu et imperceptiblement, et sans violenter ni les sens, [403] ni les puissances pour faire extase — comme nous voyons que la lumière du soleil, sans faire de violence aux étoiles et sans les ôter de leur naturel,

§ La foi, au lieu d’occuper et de remplir l’entendement, le met en vide et dans une vaste et très pure lumière qui ne peut occuper ni être occupée de rien.

§ comme un luth qui ne dit ni ne peut dire mot que par le mouvement de celui qui l’anime.

§ l’instrument magnifique de l’opération divine

§ l’ajustement — à l’ordre divin — Ceci met un grand calme en l’âme

§ Otez votre vous-même, vous ôtez les objets — en la vraie lumière

§ le vrai néant est d’avoir purement ce que Dieu nous fait avoir. — être tout ce dont Dieu est le principe.

§ ces ouvriers qui jettent en fonte ont bien plus tôt donné la figure — que ne font ceux — par le moyen de la sculpture

§ sans visions, ni rien de particulier, elle trouve Dieu en tout, ou plutôt elle ne trouve que Dieu

§ la quiétude et le repos est semblable à des ouvriers qui jettent en moules et qui font diverses figures de métal

§ les créatures — ne peuvent point être son remplissement naturel — remplie de Dieu par ses besoins

§ voir les choses sans réflexion ;

§ que vous secouriez les personnes que la Providence vous adresse — en abandon à la conduite divine

§ il vous suffit de vivre bonnement dans la liberté de votre état

§ On peut en cette vie avoir une autre conversation avec ses amis que par les sens, et de cette manière leur être plus utile

§ voyez par la lumière du soleil les objets, mais elle-même, étant fort pure, est invisible,

§ Le grand dessein de Dieu est que plusieurs âmes arrivent dès cette vie à la jouissance de ce pourquoi elles sont créées

§ aller à l’oraison par où l’on est, c’est-à-dire n’y porter que sa simple présence en abandon

§ cessation d’efforts consiste donc en la perte de ces choses, mais non en la cessation de la générosité avec laquelle l’âme doit poursuivre — point de pratique particulière ; mais elle a seulement une attention générale pour ne rien faire par soi-même

§ elle a tout et elle n’a rien ; ce qui fait que peu à peu elle arrive à un souverain repos

§ j’ai de quoi fournir abondamment pour vous et pour beaucoup d’autres. — c’est un fond inépuisable qui n’est autre que mon néant

§ Goûtez et voyez, aimez et connaissez



Conclusion des retraites

Troisième et dernier degré d’union

chaque partie de l’âme est élevée par Son moyen à un opérer tout divin.

elles croient qu’aussitôt qu’elles sont certifiées d’être dans l’état passif, il faut continuellement se perdre et s’abandonner à Dieu, soit qu’elles expérimentent l’opérer de Dieu qui remplit leurs âmes ou qu’elles ne l’expérimentent point. D’où vient que très souvent elles se présentent à l’oraison et ne jouissent pas de cet opérer et ainsi sont vides, ce qui cause un très grand mal.

chaque partie de l’âme est élevée par Son moyen à un opérer tout divin.

[...]

D’où vient que je ne conçois aucunement plusieurs âmes qui se disent en cet état et qui l’expriment incessamment par des pertes et des obscurités de cachot. Non, cela n’est point tel en ce degré. Car ou il est éclairci (comme [127] je viens de dire et que je vais poursuivre encore), ou bien il est dans une certaine sérénité et perte de soi-même, dans un abîme que l’âme expérimente fort bien être Dieu, ce qui l’assure et la calme dans toutes les vicissitudes qui peuvent arriver en ce degré.

[…]

ce rien forgé dans lequel quelques-uns se mettent est toujours avec quelque bandement sec et aride11 et jamais sans pensée de néant ou de Dieu. Mais le néant dans lequel l’âme tombe par l’opérer de Dieu est toujours dans une certaine plénitude. Ce n’est point l’âme qui le produit, mais Dieu qui l’opère. Cette manière est sans contrainte, sans violence, et l’âme s’y trouve plutôt qu’elle y a pensé. Car elle n’a aucune pensée de néant et elle est remplie du néant. Et sans penser à Dieu, elle jouit d’une plénitude en ce même néant — et pourvu que la personne que l’on consulte ait marché dans ces états, elle ne s’y peut pas tromper. [137]

[…]

[Pourquoi on ne dit rien des révélations]

[1.] La première que l’on peut demander : pourquoi, ayant traité selon mon peu de capacité de toutes les voies de l’oraison, je n’ai rien dit des visions, révélations et extases et que cependant quantité de personnes en font grand état dans ces états. Je réponds à cela que comme ces grâces extraordinaires ne sont que des choses passagères et non le solide de l’oraison et de l’opérer de Dieu, je crois qu’il est plus à propos et plus utile aux âmes de s’attacher à ce solide que de courir après ces grâces par quelque estime qu’elles en avaient - et que même, très souvent, elles empêchent l’âme et l’embrouillent dans cette voie.

[…]

[Comme on se doit servir du sujet dans l’oraison d’affection et les autres degrés]

[...]

Pour l’état passif, dans tous les trois degrés qu’il contient, c’est où est la difficulté et où plusieurs personnes manquent, faute d’entendre [147] les livres ou d’être aidées de directeurs d’expérience. Car elles croient qu’aussitôt qu’elles sont certifiées d’être dans l’état passif, il faut continuellement se perdre et s’abandonner à Dieu, soit qu’elles expérimentent l’opérer de Dieu qui remplit leurs âmes ou qu’elles ne l’expérimentent point. D’où vient que très souvent elles se présentent à l’oraison et ne jouissent pas de cet opérer et ainsi sont vides, ce qui cause un très grand mal. […]

Influences reçues puis exercées

Jean de Bernières à Jacques Bertot

1646 L 1,58 La seule vie en Dieu par un abandon et un écoulement en Lui m’est douce.

toute réflexion vers moi semble intéresser la pureté. Donc je dois aimer Celui qui est toute perfection par essence. Je conçois que Dieu est si délicat et si jaloux qu’Il ne veut souffrir qu’une âme aime quoi que ce soit avec Lui. Et Il est très bien fondé en sa jalousie, car Il est l’uniquement aimable12. L’objet de mes oraisons le plus ordinaire, c’est l’essence divine en laquelle je me perds, sans vous pouvoir dire comment.

Je n’ai manqué au commencement de cette année de vous offrir à Notre Seigneur, afin qu’il perfectionne et qu’il achève son œuvre en vous. Je conçois bien l’état où vous êtes : recevez dans le fond de votre âme cette possession de Dieu qui vous est donnée en toute passiveté, sans ajouter votre industrie ou activité, pour la conserver et augmenter. C’est à celui qui la donne à le faire, et à vous, mon cher Frère, à demeurer dans le plus parfait anéantissement que vous pourrez.

la vie qui n’est pas de Dieu et en Dieu, est plutôt une image de la vie que la véritable vie

Plus Dieu s’élève dans le centre de l’âme, plus on découvre de paix d’une étendue immense, où il faut aller, et un anéantissement à faire qui n’est que commencé.



[…]

Dieu est tout, et cela me suffit ; et toute réflexion vers moi semble intéresser la pureté. Donc je dois aimer Celui qui est toute perfection par essence. Je conçois que Dieu est si délicat et si jaloux qu’Il ne veut souffrir qu’une âme aime quoi que ce soit avec Lui. Et Il est très bien fondé en sa jalousie, car Il est l’uniquement aimable13. L’objet de mes oraisons le plus ordinaire, c’est l’essence divine en laquelle je me perds, sans vous pouvoir dire comment. Tout ce que je puis dire, c’est que cette oraison est un anéantissement et perte en Dieu14, qui met l’âme dans un état de grande pureté, d’une profonde paix et d’un amour fort pur. C’est peut-être l’idée d’un état qui est en moi plutôt que l’état même, mais il m’importe. J’ai désir de me perdre tout en Dieu, et auparavant je vois bien qu’il faut être tout perdu en Jésus par une heureuse transformation de toutes nos dispositions aux siennes, toutes pures et saintes. L’âme ne vit plus en cet état qu’en souffrant quand elle n’est pas dans l’abjection, la pauvreté, et les souffrances. Car tout éloignement de Jésus lui est amer, et l’association avec les divins états de sa vie voyagère15 lui est très douce. Je crains que je m’emporte à parler d’un état où je ne suis pas. Mais entre nous il n’y aura pas grand scandale. Au reste je deviens si amoureux de la perfection, que je ne puis quasi hanter16 ni parler qu’avec ceux qui y tendent. Que pensez-vous de tout ce narré ? Etc.

[Arfuyen] A son ami intime, des opérations de Dieu en l’âme17.

Dieu seul, et rien plus.

Je n’ai manqué au commencement de cette année de vous offrir à Notre Seigneur, afin qu’il perfectionne et qu’il achève son œuvre en vous. Je conçois bien l’état où vous êtes : recevez dans le fond de votre âme cette possession de Dieu qui vous est donnée en toute passiveté, sans ajouter votre industrie ou activité, pour la conserver et augmenter. C’est à celui qui la donne à le faire, et à vous, mon cher Frère, à demeurer dans le plus parfait anéantissement que vous pourrez. Voilà tout ce que je vous puis dire, et c’est tout ce qu’il y a à faire. Plus une âme s’avance dans les voies de Dieu, moins il y a de choses à lui dire ; Dieu, qui la possède, est sa lumière et sa conduite, et il est jaloux quand quelque autre s’en mêle ; il faut donc le laisser opérer en toute liberté.

[…]

23 Août 1653 L 3,32 La vraie oraison c’est Dieu même en l’âme.

M18. Je répondrai à vos dernières, sans faire réflexion sur ce que vous a dit Monsieur N. Il ne faut pas s’amuser à regarder ce que nous sommes, mais ce que Dieu est. Si nous nous voyons, il faut que ce soit en Dieu, afin que nous demeurions perdus continuellement en Lui. C’est cette heureuse perte qui fait la félicité de nos âmes en cette vie et en l’autre, et sans laquelle il me semble que l’on ne peut vivre19.

Car la vie qui n’est pas de Dieu et en Dieu, est plutôt une image de la vie que la véritable vie20. Que l’âme soit en ténèbres ou en lumière, qu’elle ait des jouissances ou des souffrances, des consolations ou des désolations, il importe peu, pourvu que sa vie soit en Dieu, ou plutôt Dieu même21.

[…]

17 Septembre 1654 L 3,55 Le seul appui est la pure foi

M22. Puisque cette personne est avec vous, prenez-y garde. Portez son âme à marcher dans la voie d’anéantissement23 dont le seul appui est la pure foi séparée de toute autre lumière et vue24. C’est une grâce singulière et un très grand don de Dieu de posséder cette divine foi, laquelle nous donne Dieu en la terre aussi réellement et véritablement, que les Bienheureux l’ont dans le Ciel, quoi que d’une manière différente. C’est un grand trésor25 que cette oraison de présence de Dieu, réelle et immédiate26.

Au lieu que dans les autres l’on a des images, des connaissances, et des sentiments de Dieu, en celle-ci l’on possède Dieu même, lequel étant vu au fond de l’âme, commence à la nourrir et à la soutenir de Lui-même, sans lui permettre d’avoir aucun appui sur ce qui est créé27. Et c’est ce que l’on appelle science mystique, que cette expérience de Dieu en Dieu même, de laquelle l’on n’est capable, que lorsque le don en a été fait par une miséricorde spéciale28. Les travaux, les actions, les mortifications et les souffrances de la vie, nous préparent à entrer dans ce divin état, ou l’âme abîmée en Dieu n’est plus elle-même, et par conséquent n’agit plus et n’opère plus. C’est cet heureux néant dont plusieurs bonnes âmes ont la lumière et la connaissance, mais très peu la vérité et la réalité. Les prières des amis de Dieu aident extrêmement à obtenir cette faveur !

[…]

L 3,61 Quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre.

[…]

Plus Dieu s’élève dans le centre de l’âme29, plus on découvre de paix d’une étendue immense, où il faut aller, et un anéantissement à faire qui n’est que commencé. Cela est incroyable, sinon à ceux qui le voient en Dieu même, qu’après tant d’années d’écoulement en Dieu, l’on ne fait que commencer à trouver Dieu en vérité, et à s’anéantir soi-même. Et ce néant ne décroît qu’à proportion que Dieu se retire. Il ne faut pas long discours aux âmes qui expérimentent ; il suffit de leur dire que Dieu est, et qu’il opère en vérité, et réalité dans leur centre30. Mon cher Frère, demeurez bien fidèle à cette grande grâce, et continuez à nous faire part des effets qui vous seront découverts ! Vous savez bien qu’il n’y a rien de caché entre nous, et que Dieu nous ayant mis dans l’union il y a si longtemps, il nous continuera ses miséricordes pour nous établir dans la parfaite unité, hors de laquelle il ne faut plus aimer, voir, ni connaître rien.

11 Mars 1655 L 3,59 Ce Jour d’éternité est un jour de vérité

M31. Je vous dirai pour réponse à vos dernières, que les faveurs et les dons de la gloire se donnent toutes en un moment aux âmes qui entrent dans le Paradis, puisqu’elles voient ce que l’œil n’a jamais vu, ni les oreilles entendu, etc.32. Mais dans cette vie l’on ne reçoit les dons et les grâces que successivement, bien que l’on ait le bonheur d’entrer en Dieu et d’y faire son séjour. Dans cet abîme de la divinité, l’on se perd de plus en plus, et l’on y reçoit aussi plusieurs miséricordes les unes après les autres. Ce qui se passe à présent dans votre intérieur est, ce me semble réel, véritable et divin. Et le Jour de l’éternité qui y reluit donne lui-même des certitudes que ce n’est pas un faux jour. Mais un Jour qui, se donnant soi-même, donne aussi tous les saints qui sont le Paradis dans une si ineffable unité qu’elle est inexplicable.

Car c’est une unité de déification qui nous fait être une même chose avec Dieu et avec tous les esprits qui ont le bonheur d’être perdus en Lui33. Ce Jour d’éternité est un jour de vérité qui découvre dans son unité une multitude de vérités que l’âme voit d’une manière essentielle. […]

[…]

7 Octobre 1658 L 3,48 Quand Dieu se manifeste Lui-même et révèle, ô quelle perte ! Quel anéantissement dans une âme !

[...]

Toute la voie mystique est remplie de miséricordes qui passent au-delà de nos mérites, et qui sans doute seraient capables de nous contenter si Notre Seigneur ne nous faisait voir un peu en passant la vérité de la réalité du néant34. Quand elle touche le fond de notre intérieur seulement en passant, il nous demeure des intelligences et des certitudes que tout ce qui est moins que Dieu n’est rien, et que Dieu seul est notre tout35 ; et que pour y arriver il faut que Lui-même nous perde et nous anéantisse36. C’est pour lors qu’Il nous ouvre la porte du réel anéantissement dans lequel Dieu est seul et la créature n’est plus. Dieu vit et opère, et la créature ne vit et n’opère plus37. Nous avons souvent la lumière de cet heureux état38. [...]

Il y a des expressions de cette vérité qui en disent quelque chose, mais en vérité ce n’est rien. Par exemple : qu’une goutte d’eau s’abîme dans la mer39, et les étoiles se perdent dans l’éminente clarté du soleil40. […]

[…]

Interprétation libre

Jacques Bertot prend la suite de Jean de la Croix. Certes ce dernier a plus de génie littéraire. Mais le carme du seizième siècle est enfermé dans un mode de vie fort éloigné de celui de nos contemporains, tandis que le confesseur du dix-septième siècle est en contact avec des femmes et des laïcs dans le monde, tous pèlerins de la voie du Cœur. Il l’est directement par son maître Jean de Bernières, laïc sans langue de bois, et par son expérience de direction d’hommes de la Cour chargés de lourdes responsabilités auprès du Roi (Beauvilliers) comme de fortes et volontaires femmes (Mectilde et Madame Guyon).

Rééditer Bertot c’est approcher nos besoins « modernes ». Sa large correspondance est un pont jeté entre clercs et laïcs (tandis que celle de Jean de la Croix a disparue car brûlée par des sœurs terrorisées). Si l’Espagne du Siècle d’Or sort du Moyen âge, la France du Grand Siècle aborde la vie bourgeoise41.

Pourquoi Bertot est-il resté méconnu ? Parce que son ouvrage essentiel Le Directeur mistique est édité en 1726 en Hollande sans nom d’auteur. Déjà le titre surprend, même s’il convient très exactement aux contenus. « Bertot » n’apparaît nulle part et nous avons peiné à restituer son œuvre rangée en bibliothèques dans la foule les Anonymes et publiée à des dates différentes (1662, 1682, 1726, 1744). Surtout l’auteur apparaît aux yeux d’un enquêteur comme le « chef des quiétistes »42. La pire des positions possible car le quiétisme effraie ce qui interdira durant trois siècles toute réhabilitation par les spirituels catholiques43. Enfin n’a-t-il pas été trop largement édité ? Plus de deux mille pages, certes moins que Madame Guyon mais plus que des figures mystiques essentielles antérieures.

J’ai reconstitué en 2000 44 le corpus45 en cours d’édition intégrale.

Les avis et conseils de Bertot dépassent frontières religieuses et croyances particulières (même si Jésus-Christ et les testaments sont seuls cités – culture d’époque - ils n’ouvrent pas sur des développements théologiques dont Bertot sait que là ne se situe pas son rôle). Comme ses maîtres Jean - l’Apôtre et le Grand carme - il sait qu’on ne sait rien ; se limiter intellectuellement facilite l’approche la plus abrupte exigée de tout directeur mystique authentique.

Dans cette fonction particulière soulignée par le titre anonyme, il serait le plus grand de son siècle – peut-être le dernier d’un christianisme vécu par beaucoup en profondeur et avec une certaine liberté d’expression dans la première moitié du siècle (ensuite la vis est reserrée en défense devant le nouveau monde qui s’ouvre hors des clercs qui disparaissent (le centième de la population française au dix-septième siècle devenant moins d’un millième aujourd’hui46).

Le domaine interdit toute théorie générale. Il est impossible de généraliser, on ne « sait » rien sur Dieu, etc. Mais il est possible de s’attacher aux vécus de pèlerins mystiques.

Je cite Jean de la Croix de même valeur mystique, Bernières en amont, Madame Guyon en aval.

Ce qui est remarquable chez ces trois mystiques qui se succèdent dans l’école du Cœur – Bernières, Bertot, Guyon - c’est leurs progressions personnelles dont nous avons les traces sauvées - cas exceptionnel grâce au soin qu’ils ont eu de conserver les lettres de maîtres à l’intention de disciples de la même voie (et grâce à une enquête de police sur le « chef des quiétistes » comme aux interrogatoires subis par Madame Guyon).

On relève les débuts « contraints » de Monsieur de Bernières et du premier Bertot (qui veillera à composer des Compléments aux Retraites), le côté introspectif et volontaire chez la jeune Guyon. Tous pèlerinent dans la plus grande simplicité atteignant l’achèvement mystique.

Il est bon de les lire chronologiquement (plutôt à l’envers en remontant le siècle). Relire ces Anciens est nécessaire car il faudra plusieurs siècles pour trouver la même liberté - ailleurs, chez Etty Hillesum, chez un pope orthodoxe, etc.

Résumons : tout pour « Dieu », rien pour les autorités humaines (dont une Église reconnue chez les anciens).

Le non-visible caché aux mystiques les rend faibles devant « ceux qui savent ». Donc ils ne ne peuvent que témoigner avec l’autorité d’une expérience trop personnelle pour être divulguée autrement que de cœur à cœur.

L’on peut tout traduire « à la moderne » chez Monsieur Bertot peu porté à la théologie, et remplacer « Dieu » par le « Énergie » dont on découvre depuis deux siècles et l’immensité et la dynamique ne trouble guère (traduire biochimiquement ? Rien ne s’y oppose, sous condition de ne pas croire en la pérennité des modèles du chantier propre à une époque).

Terminons sur quelques mots clefs chers à Bertot : Dieu (« le blanc de la cible », 68 occurrences), Âme (le regard vers la cible, 50 occurrences), eau (de mobile souplesse, 34), rien (28), être (27), lumière (27)...

Table des matières

Choix effectué dans le Florilège Bertot 1

Traité V. Degrés de l’Oraison ; comparés aux eaux qui arrosent un jardin. 2

l’eau de l’opération divine en l’âme dans ce degré n’est nullement aidée ni avancée par l’effort que l’âme voudrait faire pour faire donner plus ... les efforts … sont inutiles et servent seulement à troubler l’eau pure et cristalline de la source 2

[Quatrième degré] 2

À mesure donc que les gouttes de cette divine eau tombent, l’âme la reçoit ouvrant son sein, comme vous voyez qu’une terre bien desséchée reçoit une pluie douce qui s’imbibe en elle et commence à y faire tout revivre 2

tout se perd en telles âmes : désirs de salut, de perfection, d’excellence dans les voies de Dieu, jalousie, voyant les autres plus éminentes en sainteté ou faisant plus pour la gloire de Dieu, enfin, généralement tout ce qui marque quelque inclination pour être quelque chose, non seulement vers les créatures, mais encore devant Dieu. 2

Il ne faut donc pas en ce degré s’amuser au sentir ou non sentir, au voir ou non voir, avoir ou non avoir 2

[Troisième degré] 2

[Quatrième degré] 4

Traité VI. Voie de la perfection sous l’emblème d’un Nautonier 6

elle perd toute voie et sentier, devenant fort ignorante, sèche et pauvre. 6

(car) il faut par nécessité pour cet effet que Dieu devienne et soit le principe unique de tout ce qu’elle a et de ce qu’elle fait. 6

[De l’état du centre] 6

beaucoup gagner, c’est tout perdre ; ici être beaucoup éclairé, c’est avoir les yeux crevés 6

[De l’état du centre] 7

Traité VII. De l’oraison de foi sous la figure d’un petit oiseau 7

[…] 7

ce pauvre rien, étant une bonne fois rempli de la plénitude de Dieu, devient autant actif sans actes qu’il a été vide et néant 7

Traité X. Sur l’état du Centre & XI.  Avis. 8

elle découvre de choses à mourir, jusqu’à ce qu’enfin se trouvant beaucoup en Dieu, elle en découvre tant et tant qu’elle n’avait jamais découvertes et auxquelles elle n’avait jamais pensé. Ce qui met un grand fond d’humilité 8

Toutes les lumières, quelque belles et grandes qu’elles soient, n’étant pas le Soleil éternel, ne peuvent éclairer toute l’âme 8

PREMIÈRE DEMANDE. 8

Traité XII. Éclaircissements sur l’Oraison et la Vie intérieure 10

nous obscurcissant et en nous privant de notre propre lumière, … la foi étant purement et entièrement surnaturelle, … obscurcissant l’âme et la privant de sa lumière et capacité naturelle de voir pour rendre l’âme capable de voir par elle en manière divine et surnaturelle. 10

une goutte d’eau étant tombée dans la mer, de petite qu’elle était, elle devient la même mer, par la capacité qu’elle a d’être mêlée et perdue dans la mer, sans perdre cependant son être, et ensuite elle a les qualités de la mer, sa grandeur, sa force, son goût 10

II Correspondances (DM 2) 11

2.06 Chemin pour trouver Dieu. 11

si l’âme n’a rien et qu’il paraisse absolument qu’elle sert Dieu à ses dépens et sans consolation, tant mieux 11

puisque ce qui n’est pas de cette manière, soit dans l’un ou l’autre état, nourrit secrètement la propre volonté, la suffisance et l’orgueil, et ainsi tarit peu à peu la grâce, quoiqu’il paraisse que l’on soit animée de ferveur et de zèle 11

2.11 Édifier avant que de dénuer. 12

l’âme étant une émanation de Dieu, elle est en soi-même capable de lumière et d’amour, et d’une grande pureté  12

2.31 Aller à Dieu par ce qu’on a. 12

Et voilà la cause pourquoi l’âme, quoiqu’elle [172] soit toujours en haleine pour expérimenter quelque chose de Dieu, pour l’ordinaire n’expérimente que sa corruption, qui se va toujours augmentant contre son gré 12

2.45 Voie à la liberté divine 13

Tout ce qui est donc en nous, hors de nous et sur nous, est le moment de l’ordre divin ; et cet heureux moment, qui au commencement vide, apetisse, et anéantit l’âme, et qui à la suite la remplit non en la manière de la créature, mais en la manière de Dieu. 13

Mais les âmes que Dieu veut conduire par la foi, si elles sont fidèles, en les apetissant et humiliant, Il les fait sortir d’elles et par conséquent de leur capacité limitée  13

2.46 Chemin pour trouver Dieu 14

qu’autant que Dieu veut Se faire trouver, autant Il abîme une âme dans l’humiliation et la mort. Il n’y a pas d’autre chemin et il n’y en aura jamais. 14

2.51 Foi passive et son progrès. 15

L’âme ... n’a qu’à mourir et à se rendre de plus en plus continuellement présente à son opération et à sa vertu ; et elle trouvera que mourant et se quittant par ce moyen, il se fera en elle un œuvre que Dieu seul peut opérer. 15

2.63 Fidélité au divin néant en foi 16

 Il arrive assez ordinairement que l’âme ressent que plus elle tombe dans la simplicité et le calme, plus une certaine expérience de Dieu se manifeste ; tout de même que nous voyons qu’ayant laissé tomber quelque chose dans l’eau, on la laissera rasseoir et se calmer pour voir la chose plus facilement. 16

II Correspondances (DM 3) 17

3.04 Etats de simplicité. 17

simple moyen sans moyen, demeurant simplement, et sans expérience de son union ni de l’opération de Dieu, unie et abandonnée au même Dieu qui la soutient, et la veut soutenir en cet état : tout ceci s’opérant en simplicité dans le fond de la volonté, qui n’y contribue que par une simple union 17

3.15 Expérience de ses misères 17

3.29 Faire régner Dieu 18

Elles travaillent aussi bien de la main gauche que de la main droite. Et comme elles font régner Dieu sur elles-mêmes par l’oraison, par la bonace et par la vertu selon les occurrences de providence, aussi Le font-elles régner par leurs défauts et par l’expérience de leurs misères en travaillant à leur destruction. 18

3.30 Oraison véritable. Foi divine 18

qu’elle cesse ses opérations propres, et ainsi qu’elle ne se porte pas par simple intention aux actions de vertu, de charité et de sainteté ; mais bien qu’elle y soit appliquée par la main de Dieu. Cet état d’anéantissement est bien long ; et Dieu prend plaisir durant tout ce temps de priver et d’ôter à l’âme tout ce à quoi elle pourrait s’appliquer, soit naturellement ou surnaturellement  18

le grand secret en cette vie n’est pas d’avoir ceci ou cela, quelque saint et éminent qu’il soit, mais bien que nous l’ayons et que nous opérions par l’opération de Dieu, sans nous arrêter à ce qu’Il fait ou à ce qu’Il ne fait pas, toutes ces choses n’étant que passagères 18

3.31 Lumière de foi 20

outrepassant tout dans un certain calme et oubli de toutes créatures, l’âme ayant été longtemps en cet exercice et y ayant beaucoup profité, pour lors la lumière divine substitue au lieu de Sa présence, Sa providence. 20

3.32. Se voir en Dieu. 20

3.57 Multiplicité, Simplicité, Nudité 21

Quand donc vous vous mettez en oraison, que faut-il faire ? Faut-il prendre encore un sujet ? Non ; quoi donc ? Y aller par où l’on est, car comme Dieu est en tout lieu et que Son centre est partout, tout conduit à Dieu 21

3.58 Degrés pour arriver à la vie spirituelle 22

commencer à entrer dans l’intérieur du temple, je veux dire de Dieu même ; et pour cet effet Dieu lui soustrait ses lumières, ses goûts et les désirs de Lui. […] 22

...elle avait parfois recours à quelques prières, à quelques applications intérieures par actes ; mais présentement sans savoir comment, elle commence à avoir scrupule quand elle les fait, il lui paraît que ce n’est que pour se délivrer du tourment qui la presse 22

3.59 Trois degrés du don de la foi. 22

désespérée de soi-même un long temps, Dieu insensiblement, et presque sans qu’elle s’en aperçoive, la réveille ; et ainsi le second degré de la foi commence, qui n’est pas plus lumineux que l’autre, mais qui a pour effet en l’âme un certain repos et une paix qui insensiblement croît. 22

3.60 Avis pour l’état de la foi nue 24

Dieu n’exige d’elle sinon qu’elle ne retienne pas volontairement ses défauts et infidélités ; et aussitôt ils tombent en Dieu. 24

elles ont expérimenté que l’âme, étant créée pour Dieu, est capable d’en jouir, elles comprennent que par conséquent, étant capables de jouir de Lui, elles sont aussi propres pour agir par Son opérer, l’opérer suivant l’être. Mais comme il est fort difficile, à moins d’expérience, de comprendre comment notre âme est capable en son centre de jouir de l’unité divine, aussi est-il très difficile de comprendre comment cette âme, jouissant de cette unité, opère par elle et en elle, non une chose, mais toutes choses. 24

bien que l’âme n’ait pas cette douce assurance que Dieu donne quelquefois de tel jugement, il faut subsister en nue foi au-dessus de toutes choses dans sa perte, guidée et soutenue, sans soutien, par telle assurance de jugement. Et à moins de cela, l’âme sera toujours accrochée à quelque chose en soi, y ayant une infinité de choses qui nous peuvent solliciter de mettre la main aux glaïeuls pour nous arrêter dans notre perte 24

3.67 Commencement de la vie en Dieu. 27

la lumière du soleil est bien un moyen par lequel notre œil voit autant que sa capacité s’en sert, mais non en donnant la capacité même, et de plus elle n’a ni ne fait voir ce qu’il découvre par sa clarté, que hors de lui, dans l’objet que vous regardez. Mais pour ce qui est de la lumière essentielle, lumière de foi en commencement de sagesse, non seulement elle fait voir les choses en vérité, mais encore elle est elle-même la capacité même, nous la communiquant et nous la donnant 27

C’est ce qui fait que cette manière d’être et de voir n’est jamais propre à notre vue ni à notre propre être, mais qu’elle est très facile quand nous perdons tout notre propre pour être vivifiés et éclairés par un principe vivifiant, qui est cette lumière de foi en sagesse divine. 27

ce mystère et cette grâce ne se passent et ne s’opèrent que dans le centre de l’âme où est Dieu et où Il opère en Lui-même, car cette partie de l’âme a cette capacité d’être et de se perdre en Dieu sans qu’aucune créature y puisse entrer. C’est là où se font les grands ouvrages 27

3.69. De la lumière de vérité et de ses effets. [Réponse]. 28

lumière du centre, d’autant qu’elle peut seulement éclairer cette divine portion où Dieu réside et demeure, ne pouvant jamais éclairer les puissances, mais plutôt les faire défaillir par son étendue immense, qui tient toujours de la grandeur de Dieu, en quelque petits degré et commencement qu’elle soit. C’est pourquoi elle n’est jamais particulière, mais générale, elle n’est jamais multipliée, mais en unité 28

Cette aurore s’accroît insensiblement et se dilate, et ainsi le soleil se répand imperceptiblement sur toute la face de la terre 28

il suffit que vous soyez assuré qu’il n’y a nul danger, mais plutôt grande utilité de laisser perdre la vue des choses particulières, le sentiment de vos désirs et la multiplicité de vos découvertes pour aller à Dieu : il vous suffit que la lumière du centre soit commencée, pour vous assurer que vous n’avez plus de besoin de la voie pour marcher. Il vous suffit donc que votre âme tombe peu à peu dans le calme et dans la nudité, et par là peu à peu le terme et la fin se développera et se dévoilera en vous. 28

cette lumière centrale quoiqu’elle ne demande du côté de l’âme que la mort seulement, elle demande cependant tout. Car comme elle donne tout, elle exige le tout, mais en sa manière : c’est-à-dire que, comme Dieu est notre premier principe et qu’Il a mis en nous Ses merveilles en nous faisant à Son image, et comme nous sommes déchus de cet état en réfléchissant sur nous et en voulant nous posséder et en nous possédant et ainsi en devenant le principe de nos volontés, de nos désirs, de nos pensées et de tout le reste, jusques où notre libre arbitre a pu aller, il faut par nécessité, afin que Dieu rentre tout de nouveau en possession de tout notre être et de tout nous-mêmes selon qu’Il nous a créés, que nous recommencions à nous laisser posséder par ce principe divin 28

Une paix générale et profonde se saisit de tout elle-même, ce qui est son oraison et le tout de son âme, ne se mettant plus en souci de ce qu’elle a ou de ce qu’elle n’a pas. Tout tombe, s’abîme et se fond en cette paix, laquelle plus elle s’accroît, plus elle devient en unité et l’unité de Dieu. 28

3.70. Dieu tout en l’âme [Réponse] 33

la créature mourant à soi et ne s’appropriant rien par sa propre opération, reçoit purement de moment en moment ce qu’elle est et pour quoi elle est et ce qu’elle doit opérer ; et par cette même opération divine par laquelle elle reçoit cela, elle reçoit aussi force et faculté pour retourner vers son principe. 33

Dieu se donnant à elle non seulement pour sa perfection et pour la remplir de lui selon sa capacité ; mais encore pour la rendre capable de toutes les choses pour lesquelles il l’approprie, faisant seulement de moment en moment ce que raisonnablement il faut pour ce qui se présente en ce moment. 33

II Correspondances (DM 4) 35

4.60 Sûreté de l’abandon. 35

Tenez-vous seulement dans l’abandon sans abandon ; et quoique vous n’en ayez ni lumière ni goût, ne laissez pas de demeurer comme cela. Souffrez dans ce même abandon les choses qui vous arriveront, votre âme étant quelquefois comme un vaisseau dans la mer, qui de fois à autre est tout renversé, si bien que les gens même qui sont dedans sont tous en alarme et en désordre : et cela cependant n’empêche pas que le bateau ne demeure dans la mer. Ainsi quand l’âme sait s’abandonner, elle sait [comment] ne jamais quitter Dieu. 35

Onze dernières lettres de M. Bertot dans le même ordre à une même personne :  36

4.75. Perte de tout en Dieu. 36

Ne vous étonnez point de vos chutes passées, mais perdez-vous aux pieds de la divine Bonté avec toutes vos infidélités. Il faut que vous demeuriez toute perdue et abîmée en Dieu seul, pour ne plus rien voir, ni en vous ni en aucune chose, mais Dieu seul en toutes les créatures. De même que pendant un beau jour en plein midi on ne voit plus dans le ciel que le soleil, ainsi vous ne devez voir que le soleil de Justice et Sa présence en toutes choses. 36

Il agit toujours, et Se repose toujours. De même vous devez vous reposer sans cesse et agir néanmoins doucement et paisiblement, quoique fortement, pour tendre toujours à Dieu et au néant dans la simplicité et unité. 36

si j’entre dans cette unité divine, je vous attirerai, vous et bien d’autres qui ne font qu’attendre. Et tous ensemble, n’étant qu’un en sentiment, en pensée, en amour, en conduite et en disposition, nous tomberons heureusement en Dieu seul, unis à Son Unité, ou plutôt n’étant qu’une unité en Lui seul, par Lui et pour Lui. 36

4.76 Sur le même sujet. 38

Dieu est infini ; et dès le moment que nous entrons en lui, nous devons nous y approfondir à chaque moment à l’infini, sans nous violenter pourtant : car tout s’opère en paix, en silence, en profondeur ; et par mort et anéantissement total de vous-même et de toutes choses, vous serez simple en Dieu, c’est-à-dire seule à seul. 38

4.81. L’état d’anéantissement parfait en nudité entière 39

De l’état d’anéantissement parfait en nudité entière, où l’âme est et vit en Dieu, au-dessus de tout le sensible et perceptible. 39

1. Le dernier état d’anéantissement de la vie intérieure est pour l’ordinaire précédé d’une paix et d’un repos de l’âme dans son fond, qui peu à peu se perd et s’anéantit, allant toujours en diminuant, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de sensible et de perceptible de Dieu en elle. 39

dans cet état il ne paraît plus à l’âme ni haut ni bas, ne se trouvant aucune distinction ni différence entre le fond et les puissances, tout étant réduit dans l’unité, simplicité et uniformité 39

quelques-uns appellent aussi cet état, état d’unité et de simplicité. Mais dans la dernière consommation de cet état, il ne paraît plus dans l’âme ni unité ni simplicité, tout cela étant comme perdu et anéanti. Et bien plus, elle n’a plus de chez soi, c’est-à-dire elle n’a plus d’intérieur, n’étant plus retirée, ramassée, recueillie et concentrée au-dedans d’elle-même ; mais elle est et se trouve au-dehors dans la grande nudité et pauvreté d’esprit dont je viens de parler, comme si elle était dans la nature et dans le vide. D’où vient qu’elle ne sait si elle est en Dieu ou en sa nature. 39

il se passe néanmoins de temps en temps de certaines vicissitudes et changements de dispositions en leurs sens, et même leurs puissances se trouvent quelquefois émues et agitées par quelque sujet de peine. Pendant ces vicissitudes et agitations, elles ne laissent pas de demeurer en paix en leur fond, ce qui se doit entendre d’une paix nue, simple et solide. 39

Un relevé de « sentences » 45

§ tout le bonheur d’une âme consiste en la communication de l’esprit intérieur que Dieu désire de lui communiquer 45

§ Tout ce qu’est notre âme est une semence divine de Dieu et de tout Lui-même — Cette eau — commence à faire germer — toute l’âme est une terre qui produit — une multitude de merveilles en unité 45

§ tout se perd en telles âmes : désirs de salut, de perfection, d’excellence dans les voies de Dieu, jalousie — tout ce qui marque quelque inclination pour être quelque chose — comme un homme qui, sans savoir le chemin de la mer, suivrait une rivière 45

§ nue, l’âme cesse même ses simples abandons, [152] ses vues simples et le reste qui était son ajustement à cette divine opération, toutes ces choses lui tombant des mains§ cette opération divine — n’en fait perdre que l’impur ou les images grossières qui nous étaient appropriées, et par conséquent la nourriture de notre propre opération — ce qui arrive en hiver aux fleurs, aux feuilles 45

§ cherchera — non comme une chose qu’elle n’a pas, mais bien qu’elle a et qu’elle peut encore avoir par une manière encore infiniment plus parfaite — la manière que l’on clarifie de l’eau ? On n’a qu’à la laisser reposer et aussitôt elle devient transparente. 45

§ Une personne entre dans un lieu fort obscur avec un flambeau : ce flambeau a sa capacité d’éclairer et n’éclaire que ce qu’il peut. — ce soleil matériel venant en son beau jour, tout devient éclairé et rien n’est caché à nos yeux 45

§ lumière du fond n’éclaire qu’en unité — La foi tire, perd et consume peu à peu la multiplicité 46

§ quelque chose de la vie de l’âme dans son centre. RÉPONSE. L’âme n’y vit pas, c’est Dieu qui vit en elle — Qui en a et en veut avoir davantage, n’a rien sinon des expressions qu’il faut laisser perdre, autrement il expérimentera sa vie et non la vie de Dieu 46

§ dans Sa grandeur et Majesté, Il n’aurait été que pour quelques-uns 46

§ la lumière de la foi, laquelle commençant et se communiquant par le centre et l’unité de l’âme, s’augmente peu à peu et imperceptiblement, et sans violenter ni les sens, [403] ni les puissances pour faire extase — comme nous voyons que la lumière du soleil, sans faire de violence aux étoiles et sans les ôter de leur naturel 46

§ La foi, au lieu d’occuper et de remplir l’entendement, le met en vide et dans une vaste et très pure lumière qui ne peut occuper ni être occupée de rien. 46

§ comme un luth qui ne dit ni ne peut dire mot que par le mouvement de celui qui l’anime. 46

§ l’ajustement — à l’ordre divin — Ceci met un grand calme en l’âme 46

§ Otez votre vous-même, vous ôtez les objets — en la vraie lumière 46

§ le vrai néant est d’avoir purement ce que Dieu nous fait avoir. — être tout ce dont Dieu est le principe. 46

§ les créatures — ne peuvent point être son remplissement naturel — remplie de Dieu par ses besoins 46

§ que vous secouriez les personnes que la Providence vous adresse — en abandon à la conduite divine 46

§ il vous suffit de vivre bonnement dans la liberté de votre état 46

§ voyez par la lumière du soleil les objets, mais elle-même, étant fort pure, est invisible 46

§ Le grand dessein de Dieu est que plusieurs âmes arrivent dès cette vie à la jouissance de ce pourquoi elles sont créées 46

§ aller à l’oraison par où l’on est, c’est-à-dire n’y porter que sa simple présence en abandon 46

§ cessation d’efforts consiste donc en la perte de ces choses, mais non en la cessation de la générosité avec laquelle l’âme doit poursuivre — point de pratique particulière ; mais elle a seulement une attention générale pour ne rien faire par soi-même 46

§ j’ai de quoi fournir abondamment pour vous et pour beaucoup d’autres. — c’est un fond inépuisable qui n’est autre que mon néant 46

§ Goûtez et voyez, aimez et connaissez 46

2. Un poème ? 46

Conclusion des retraites 50

Troisième et dernier degré d’union 50

chaque partie de l’âme est élevée par Son moyen à un opérer tout divin. 50

elles croient qu’aussitôt qu’elles sont certifiées d’être dans l’état passif, il faut continuellement se perdre et s’abandonner à Dieu, soit qu’elles expérimentent l’opérer de Dieu qui remplit leurs âmes ou qu’elles ne l’expérimentent point. D’où vient que très souvent elles se présentent à l’oraison et ne jouissent pas de cet opérer et ainsi sont vides, ce qui cause un très grand mal. 50

[Pourquoi on ne dit rien des révélations] 51

[Comme on se doit servir du sujet dans l’oraison d’affection et les autres degrés] 51

[...] 51

Influences reçues puis exercées 51

Jean de Bernières à Jacques Bertot 51

1646 L 1,58 La seule vie en Dieu par un abandon et un écoulement en Lui m’est douce. 52

toute réflexion vers moi semble intéresser la pureté. Donc je dois aimer Celui qui est toute perfection par essence. Je conçois que Dieu est si délicat et si jaloux qu’Il ne veut souffrir qu’une âme aime quoi que ce soit avec Lui. Et Il est très bien fondé en sa jalousie, car Il est l’uniquement aimable. L’objet de mes oraisons le plus ordinaire, c’est l’essence divine en laquelle je me perds, sans vous pouvoir dire comment. 52

Je n’ai manqué au commencement de cette année de vous offrir à Notre Seigneur, afin qu’il perfectionne et qu’il achève son œuvre en vous. Je conçois bien l’état où vous êtes : recevez dans le fond de votre âme cette possession de Dieu qui vous est donnée en toute passiveté, sans ajouter votre industrie ou activité, pour la conserver et augmenter. C’est à celui qui la donne à le faire, et à vous, mon cher Frère, à demeurer dans le plus parfait anéantissement que vous pourrez. 52

la vie qui n’est pas de Dieu et en Dieu, est plutôt une image de la vie que la véritable vie 52

Plus Dieu s’élève dans le centre de l’âme, plus on découvre de paix d’une étendue immense, où il faut aller, et un anéantissement à faire qui n’est que commencé. 52

[Arfuyen] A son ami intime, des opérations de Dieu en l’âme. 53

23 Août 1653 L 3,32 La vraie oraison c’est Dieu même en l’âme. 54

17 Septembre 1654 L 3,55 Le seul appui est la pure foi 55

L 3,61 Quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre. 56

11 Mars 1655 L 3,59 Ce Jour d’éternité est un jour de vérité 58

7 Octobre 1658 L 3,48 Quand Dieu se manifeste Lui-même et révèle, ô quelle perte ! Quel anéantissement dans une âme ! 59

Interprétation libre 61




Copie de la table pour l’imprimer :


Choix effectué dans le Florilège Bertot 1

Traité V. Degrés de l’Oraison ; comparés aux eaux qui arrosent un jardin. 2

l’eau de l’opération divine en l’âme dans ce degré n’est nullement aidée ni avancée par l’effort que l’âme voudrait faire pour faire donner plus ... les efforts … sont inutiles et servent seulement à troubler l’eau pure et cristalline de la source 2

[Quatrième degré] 2

À mesure donc que les gouttes de cette divine eau tombent, l’âme la reçoit ouvrant son sein, comme vous voyez qu’une terre bien desséchée reçoit une pluie douce qui s’imbibe en elle et commence à y faire tout revivre 2

tout se perd en telles âmes : désirs de salut, de perfection, d’excellence dans les voies de Dieu, jalousie, voyant les autres plus éminentes en sainteté ou faisant plus pour la gloire de Dieu, enfin, généralement tout ce qui marque quelque inclination pour être quelque chose, non seulement vers les créatures, mais encore devant Dieu. 2

Il ne faut donc pas en ce degré s’amuser au sentir ou non sentir, au voir ou non voir, avoir ou non avoir 2

[Troisième degré] 2

[Quatrième degré] 4

Traité VI. Voie de la perfection sous l’emblème d’un Nautonier 6

elle perd toute voie et sentier, devenant fort ignorante, sèche et pauvre. 6

(car) il faut par nécessité pour cet effet que Dieu devienne et soit le principe unique de tout ce qu’elle a et de ce qu’elle fait. 6

[De l’état du centre] 6

beaucoup gagner, c’est tout perdre ; ici être beaucoup éclairé, c’est avoir les yeux crevés 6

[De l’état du centre] 7

Traité VII. De l’oraison de foi sous la figure d’un petit oiseau 7

[…] 7

ce pauvre rien, étant une bonne fois rempli de la plénitude de Dieu, devient autant actif sans actes qu’il a été vide et néant 7

Traité X. Sur l’état du Centre & XI.  Avis. 8

elle découvre de choses à mourir, jusqu’à ce qu’enfin se trouvant beaucoup en Dieu, elle en découvre tant et tant qu’elle n’avait jamais découvertes et auxquelles elle n’avait jamais pensé. Ce qui met un grand fond d’humilité 8

Toutes les lumières, quelque belles et grandes qu’elles soient, n’étant pas le Soleil éternel, ne peuvent éclairer toute l’âme 8

PREMIÈRE DEMANDE. 8

Traité XII. Éclaircissements sur l’Oraison et la Vie intérieure 10

nous obscurcissant et en nous privant de notre propre lumière, … la foi étant purement et entièrement surnaturelle, … obscurcissant l’âme et la privant de sa lumière et capacité naturelle de voir pour rendre l’âme capable de voir par elle en manière divine et surnaturelle. 10

une goutte d’eau étant tombée dans la mer, de petite qu’elle était, elle devient la même mer, par la capacité qu’elle a d’être mêlée et perdue dans la mer, sans perdre cependant son être, et ensuite elle a les qualités de la mer, sa grandeur, sa force, son goût 10

II Correspondances (DM 2) 11

2.06 Chemin pour trouver Dieu. 11

si l’âme n’a rien et qu’il paraisse absolument qu’elle sert Dieu à ses dépens et sans consolation, tant mieux 11

puisque ce qui n’est pas de cette manière, soit dans l’un ou l’autre état, nourrit secrètement la propre volonté, la suffisance et l’orgueil, et ainsi tarit peu à peu la grâce, quoiqu’il paraisse que l’on soit animée de ferveur et de zèle 11

2.11 Édifier avant que de dénuer. 12

l’âme étant une émanation de Dieu, elle est en soi-même capable de lumière et d’amour, et d’une grande pureté  12

2.31 Aller à Dieu par ce qu’on a. 12

Et voilà la cause pourquoi l’âme, quoiqu’elle [172] soit toujours en haleine pour expérimenter quelque chose de Dieu, pour l’ordinaire n’expérimente que sa corruption, qui se va toujours augmentant contre son gré 12

2.45 Voie à la liberté divine 13

Tout ce qui est donc en nous, hors de nous et sur nous, est le moment de l’ordre divin ; et cet heureux moment, qui au commencement vide, apetisse, et anéantit l’âme, et qui à la suite la remplit non en la manière de la créature, mais en la manière de Dieu. 13

Mais les âmes que Dieu veut conduire par la foi, si elles sont fidèles, en les apetissant et humiliant, Il les fait sortir d’elles et par conséquent de leur capacité limitée  13

2.46 Chemin pour trouver Dieu 14

qu’autant que Dieu veut Se faire trouver, autant Il abîme une âme dans l’humiliation et la mort. Il n’y a pas d’autre chemin et il n’y en aura jamais. 14

2.51 Foi passive et son progrès. 15

L’âme ... n’a qu’à mourir et à se rendre de plus en plus continuellement présente à son opération et à sa vertu ; et elle trouvera que mourant et se quittant par ce moyen, il se fera en elle un œuvre que Dieu seul peut opérer. 15

2.63 Fidélité au divin néant en foi 16

 Il arrive assez ordinairement que l’âme ressent que plus elle tombe dans la simplicité et le calme, plus une certaine expérience de Dieu se manifeste ; tout de même que nous voyons qu’ayant laissé tomber quelque chose dans l’eau, on la laissera rasseoir et se calmer pour voir la chose plus facilement. 16

II Correspondances (DM 3) 17

3.04 Etats de simplicité. 17

simple moyen sans moyen, demeurant simplement, et sans expérience de son union ni de l’opération de Dieu, unie et abandonnée au même Dieu qui la soutient, et la veut soutenir en cet état : tout ceci s’opérant en simplicité dans le fond de la volonté, qui n’y contribue que par une simple union 17

3.15 Expérience de ses misères 17

3.29 Faire régner Dieu 18

Elles travaillent aussi bien de la main gauche que de la main droite. Et comme elles font régner Dieu sur elles-mêmes par l’oraison, par la bonace et par la vertu selon les occurrences de providence, aussi Le font-elles régner par leurs défauts et par l’expérience de leurs misères en travaillant à leur destruction. 18

3.30 Oraison véritable. Foi divine 18

qu’elle cesse ses opérations propres, et ainsi qu’elle ne se porte pas par simple intention aux actions de vertu, de charité et de sainteté ; mais bien qu’elle y soit appliquée par la main de Dieu. Cet état d’anéantissement est bien long ; et Dieu prend plaisir durant tout ce temps de priver et d’ôter à l’âme tout ce à quoi elle pourrait s’appliquer, soit naturellement ou surnaturellement  18

le grand secret en cette vie n’est pas d’avoir ceci ou cela, quelque saint et éminent qu’il soit, mais bien que nous l’ayons et que nous opérions par l’opération de Dieu, sans nous arrêter à ce qu’Il fait ou à ce qu’Il ne fait pas, toutes ces choses n’étant que passagères 18

3.31 Lumière de foi 20

outrepassant tout dans un certain calme et oubli de toutes créatures, l’âme ayant été longtemps en cet exercice et y ayant beaucoup profité, pour lors la lumière divine substitue au lieu de Sa présence, Sa providence. 20

3.32. Se voir en Dieu. 20

3.57 Multiplicité, Simplicité, Nudité 21

Quand donc vous vous mettez en oraison, que faut-il faire ? Faut-il prendre encore un sujet ? Non ; quoi donc ? Y aller par où l’on est, car comme Dieu est en tout lieu et que Son centre est partout, tout conduit à Dieu 21

3.58 Degrés pour arriver à la vie spirituelle 22

commencer à entrer dans l’intérieur du temple, je veux dire de Dieu même ; et pour cet effet Dieu lui soustrait ses lumières, ses goûts et les désirs de Lui. […] 22

...elle avait parfois recours à quelques prières, à quelques applications intérieures par actes ; mais présentement sans savoir comment, elle commence à avoir scrupule quand elle les fait, il lui paraît que ce n’est que pour se délivrer du tourment qui la presse 22

3.59 Trois degrés du don de la foi. 22

désespérée de soi-même un long temps, Dieu insensiblement, et presque sans qu’elle s’en aperçoive, la réveille ; et ainsi le second degré de la foi commence, qui n’est pas plus lumineux que l’autre, mais qui a pour effet en l’âme un certain repos et une paix qui insensiblement croît. 22

3.60 Avis pour l’état de la foi nue 24

Dieu n’exige d’elle sinon qu’elle ne retienne pas volontairement ses défauts et infidélités ; et aussitôt ils tombent en Dieu. 24

elles ont expérimenté que l’âme, étant créée pour Dieu, est capable d’en jouir, elles comprennent que par conséquent, étant capables de jouir de Lui, elles sont aussi propres pour agir par Son opérer, l’opérer suivant l’être. Mais comme il est fort difficile, à moins d’expérience, de comprendre comment notre âme est capable en son centre de jouir de l’unité divine, aussi est-il très difficile de comprendre comment cette âme, jouissant de cette unité, opère par elle et en elle, non une chose, mais toutes choses. 24

bien que l’âme n’ait pas cette douce assurance que Dieu donne quelquefois de tel jugement, il faut subsister en nue foi au-dessus de toutes choses dans sa perte, guidée et soutenue, sans soutien, par telle assurance de jugement. Et à moins de cela, l’âme sera toujours accrochée à quelque chose en soi, y ayant une infinité de choses qui nous peuvent solliciter de mettre la main aux glaïeuls pour nous arrêter dans notre perte 24

3.67 Commencement de la vie en Dieu. 27

la lumière du soleil est bien un moyen par lequel notre œil voit autant que sa capacité s’en sert, mais non en donnant la capacité même, et de plus elle n’a ni ne fait voir ce qu’il découvre par sa clarté, que hors de lui, dans l’objet que vous regardez. Mais pour ce qui est de la lumière essentielle, lumière de foi en commencement de sagesse, non seulement elle fait voir les choses en vérité, mais encore elle est elle-même la capacité même, nous la communiquant et nous la donnant 27

C’est ce qui fait que cette manière d’être et de voir n’est jamais propre à notre vue ni à notre propre être, mais qu’elle est très facile quand nous perdons tout notre propre pour être vivifiés et éclairés par un principe vivifiant, qui est cette lumière de foi en sagesse divine. 27

ce mystère et cette grâce ne se passent et ne s’opèrent que dans le centre de l’âme où est Dieu et où Il opère en Lui-même, car cette partie de l’âme a cette capacité d’être et de se perdre en Dieu sans qu’aucune créature y puisse entrer. C’est là où se font les grands ouvrages 27

3.69. De la lumière de vérité et de ses effets. [Réponse]. 28

lumière du centre, d’autant qu’elle peut seulement éclairer cette divine portion où Dieu réside et demeure, ne pouvant jamais éclairer les puissances, mais plutôt les faire défaillir par son étendue immense, qui tient toujours de la grandeur de Dieu, en quelque petits degré et commencement qu’elle soit. C’est pourquoi elle n’est jamais particulière, mais générale, elle n’est jamais multipliée, mais en unité 28

Cette aurore s’accroît insensiblement et se dilate, et ainsi le soleil se répand imperceptiblement sur toute la face de la terre 28

il suffit que vous soyez assuré qu’il n’y a nul danger, mais plutôt grande utilité de laisser perdre la vue des choses particulières, le sentiment de vos désirs et la multiplicité de vos découvertes pour aller à Dieu : il vous suffit que la lumière du centre soit commencée, pour vous assurer que vous n’avez plus de besoin de la voie pour marcher. Il vous suffit donc que votre âme tombe peu à peu dans le calme et dans la nudité, et par là peu à peu le terme et la fin se développera et se dévoilera en vous. 28

cette lumière centrale quoiqu’elle ne demande du côté de l’âme que la mort seulement, elle demande cependant tout. Car comme elle donne tout, elle exige le tout, mais en sa manière : c’est-à-dire que, comme Dieu est notre premier principe et qu’Il a mis en nous Ses merveilles en nous faisant à Son image, et comme nous sommes déchus de cet état en réfléchissant sur nous et en voulant nous posséder et en nous possédant et ainsi en devenant le principe de nos volontés, de nos désirs, de nos pensées et de tout le reste, jusques où notre libre arbitre a pu aller, il faut par nécessité, afin que Dieu rentre tout de nouveau en possession de tout notre être et de tout nous-mêmes selon qu’Il nous a créés, que nous recommencions à nous laisser posséder par ce principe divin 28

Une paix générale et profonde se saisit de tout elle-même, ce qui est son oraison et le tout de son âme, ne se mettant plus en souci de ce qu’elle a ou de ce qu’elle n’a pas. Tout tombe, s’abîme et se fond en cette paix, laquelle plus elle s’accroît, plus elle devient en unité et l’unité de Dieu. 28

3.70. Dieu tout en l’âme [Réponse] 33

la créature mourant à soi et ne s’appropriant rien par sa propre opération, reçoit purement de moment en moment ce qu’elle est et pour quoi elle est et ce qu’elle doit opérer ; et par cette même opération divine par laquelle elle reçoit cela, elle reçoit aussi force et faculté pour retourner vers son principe. 33

Dieu se donnant à elle non seulement pour sa perfection et pour la remplir de lui selon sa capacité ; mais encore pour la rendre capable de toutes les choses pour lesquelles il l’approprie, faisant seulement de moment en moment ce que raisonnablement il faut pour ce qui se présente en ce moment. 33

II Correspondances (DM 4) 35

4.60 Sûreté de l’abandon. 35

Tenez-vous seulement dans l’abandon sans abandon ; et quoique vous n’en ayez ni lumière ni goût, ne laissez pas de demeurer comme cela. Souffrez dans ce même abandon les choses qui vous arriveront, votre âme étant quelquefois comme un vaisseau dans la mer, qui de fois à autre est tout renversé, si bien que les gens même qui sont dedans sont tous en alarme et en désordre : et cela cependant n’empêche pas que le bateau ne demeure dans la mer. Ainsi quand l’âme sait s’abandonner, elle sait [comment] ne jamais quitter Dieu. 35

Onze dernières lettres de M. Bertot dans le même ordre à une même personne :  36

4.75. Perte de tout en Dieu. 36

Ne vous étonnez point de vos chutes passées, mais perdez-vous aux pieds de la divine Bonté avec toutes vos infidélités. Il faut que vous demeuriez toute perdue et abîmée en Dieu seul, pour ne plus rien voir, ni en vous ni en aucune chose, mais Dieu seul en toutes les créatures. De même que pendant un beau jour en plein midi on ne voit plus dans le ciel que le soleil, ainsi vous ne devez voir que le soleil de Justice et Sa présence en toutes choses. 36

Il agit toujours, et Se repose toujours. De même vous devez vous reposer sans cesse et agir néanmoins doucement et paisiblement, quoique fortement, pour tendre toujours à Dieu et au néant dans la simplicité et unité. 36

si j’entre dans cette unité divine, je vous attirerai, vous et bien d’autres qui ne font qu’attendre. Et tous ensemble, n’étant qu’un en sentiment, en pensée, en amour, en conduite et en disposition, nous tomberons heureusement en Dieu seul, unis à Son Unité, ou plutôt n’étant qu’une unité en Lui seul, par Lui et pour Lui. 36

4.76 Sur le même sujet. 38

Dieu est infini ; et dès le moment que nous entrons en lui, nous devons nous y approfondir à chaque moment à l’infini, sans nous violenter pourtant : car tout s’opère en paix, en silence, en profondeur ; et par mort et anéantissement total de vous-même et de toutes choses, vous serez simple en Dieu, c’est-à-dire seule à seul. 38

4.81. L’état d’anéantissement parfait en nudité entière 39

De l’état d’anéantissement parfait en nudité entière, où l’âme est et vit en Dieu, au-dessus de tout le sensible et perceptible. 39

1. Le dernier état d’anéantissement de la vie intérieure est pour l’ordinaire précédé d’une paix et d’un repos de l’âme dans son fond, qui peu à peu se perd et s’anéantit, allant toujours en diminuant, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de sensible et de perceptible de Dieu en elle. 39

dans cet état il ne paraît plus à l’âme ni haut ni bas, ne se trouvant aucune distinction ni différence entre le fond et les puissances, tout étant réduit dans l’unité, simplicité et uniformité 39

quelques-uns appellent aussi cet état, état d’unité et de simplicité. Mais dans la dernière consommation de cet état, il ne paraît plus dans l’âme ni unité ni simplicité, tout cela étant comme perdu et anéanti. Et bien plus, elle n’a plus de chez soi, c’est-à-dire elle n’a plus d’intérieur, n’étant plus retirée, ramassée, recueillie et concentrée au-dedans d’elle-même ; mais elle est et se trouve au-dehors dans la grande nudité et pauvreté d’esprit dont je viens de parler, comme si elle était dans la nature et dans le vide. D’où vient qu’elle ne sait si elle est en Dieu ou en sa nature. 39

il se passe néanmoins de temps en temps de certaines vicissitudes et changements de dispositions en leurs sens, et même leurs puissances se trouvent quelquefois émues et agitées par quelque sujet de peine. Pendant ces vicissitudes et agitations, elles ne laissent pas de demeurer en paix en leur fond, ce qui se doit entendre d’une paix nue, simple et solide. 39

Un relevé de « sentences » 45

§ tout le bonheur d’une âme consiste en la communication de l’esprit intérieur que Dieu désire de lui communiquer 45

§ Tout ce qu’est notre âme est une semence divine de Dieu et de tout Lui-même — Cette eau — commence à faire germer — toute l’âme est une terre qui produit — une multitude de merveilles en unité 45

§ tout se perd en telles âmes : désirs de salut, de perfection, d’excellence dans les voies de Dieu, jalousie — tout ce qui marque quelque inclination pour être quelque chose — comme un homme qui, sans savoir le chemin de la mer, suivrait une rivière 45

§ nue, l’âme cesse même ses simples abandons, [152] ses vues simples et le reste qui était son ajustement à cette divine opération, toutes ces choses lui tombant des mains§ cette opération divine — n’en fait perdre que l’impur ou les images grossières qui nous étaient appropriées, et par conséquent la nourriture de notre propre opération — ce qui arrive en hiver aux fleurs, aux feuilles 45

§ cherchera — non comme une chose qu’elle n’a pas, mais bien qu’elle a et qu’elle peut encore avoir par une manière encore infiniment plus parfaite — la manière que l’on clarifie de l’eau ? On n’a qu’à la laisser reposer et aussitôt elle devient transparente. 45

§ Une personne entre dans un lieu fort obscur avec un flambeau : ce flambeau a sa capacité d’éclairer et n’éclaire que ce qu’il peut. — ce soleil matériel venant en son beau jour, tout devient éclairé et rien n’est caché à nos yeux 45

§ lumière du fond n’éclaire qu’en unité — La foi tire, perd et consume peu à peu la multiplicité 46

§ quelque chose de la vie de l’âme dans son centre. RÉPONSE. L’âme n’y vit pas, c’est Dieu qui vit en elle — Qui en a et en veut avoir davantage, n’a rien sinon des expressions qu’il faut laisser perdre, autrement il expérimentera sa vie et non la vie de Dieu 46

§ dans Sa grandeur et Majesté, Il n’aurait été que pour quelques-uns 46

§ la lumière de la foi, laquelle commençant et se communiquant par le centre et l’unité de l’âme, s’augmente peu à peu et imperceptiblement, et sans violenter ni les sens, [403] ni les puissances pour faire extase — comme nous voyons que la lumière du soleil, sans faire de violence aux étoiles et sans les ôter de leur naturel 46

§ La foi, au lieu d’occuper et de remplir l’entendement, le met en vide et dans une vaste et très pure lumière qui ne peut occuper ni être occupée de rien. 46

§ comme un luth qui ne dit ni ne peut dire mot que par le mouvement de celui qui l’anime. 46

§ l’ajustement — à l’ordre divin — Ceci met un grand calme en l’âme 46

§ Otez votre vous-même, vous ôtez les objets — en la vraie lumière 46

§ le vrai néant est d’avoir purement ce que Dieu nous fait avoir. — être tout ce dont Dieu est le principe. 46

§ les créatures — ne peuvent point être son remplissement naturel — remplie de Dieu par ses besoins 46

§ que vous secouriez les personnes que la Providence vous adresse — en abandon à la conduite divine 46

§ il vous suffit de vivre bonnement dans la liberté de votre état 46

§ voyez par la lumière du soleil les objets, mais elle-même, étant fort pure, est invisible 46

§ Le grand dessein de Dieu est que plusieurs âmes arrivent dès cette vie à la jouissance de ce pourquoi elles sont créées 46

§ aller à l’oraison par où l’on est, c’est-à-dire n’y porter que sa simple présence en abandon 46

§ cessation d’efforts consiste donc en la perte de ces choses, mais non en la cessation de la générosité avec laquelle l’âme doit poursuivre — point de pratique particulière ; mais elle a seulement une attention générale pour ne rien faire par soi-même 46

§ j’ai de quoi fournir abondamment pour vous et pour beaucoup d’autres. — c’est un fond inépuisable qui n’est autre que mon néant 46

§ Goûtez et voyez, aimez et connaissez 46

2. Un poème ? 46

Conclusion des retraites 50

Troisième et dernier degré d’union 50

chaque partie de l’âme est élevée par Son moyen à un opérer tout divin. 50

elles croient qu’aussitôt qu’elles sont certifiées d’être dans l’état passif, il faut continuellement se perdre et s’abandonner à Dieu, soit qu’elles expérimentent l’opérer de Dieu qui remplit leurs âmes ou qu’elles ne l’expérimentent point. D’où vient que très souvent elles se présentent à l’oraison et ne jouissent pas de cet opérer et ainsi sont vides, ce qui cause un très grand mal. 50

[Pourquoi on ne dit rien des révélations] 51

[Comme on se doit servir du sujet dans l’oraison d’affection et les autres degrés] 51

[...] 51

Influences reçues puis exercées 51

Jean de Bernières à Jacques Bertot 51

1646 L 1,58 La seule vie en Dieu par un abandon et un écoulement en Lui m’est douce. 52

toute réflexion vers moi semble intéresser la pureté. Donc je dois aimer Celui qui est toute perfection par essence. Je conçois que Dieu est si délicat et si jaloux qu’Il ne veut souffrir qu’une âme aime quoi que ce soit avec Lui. Et Il est très bien fondé en sa jalousie, car Il est l’uniquement aimable. L’objet de mes oraisons le plus ordinaire, c’est l’essence divine en laquelle je me perds, sans vous pouvoir dire comment. 52

Je n’ai manqué au commencement de cette année de vous offrir à Notre Seigneur, afin qu’il perfectionne et qu’il achève son œuvre en vous. Je conçois bien l’état où vous êtes : recevez dans le fond de votre âme cette possession de Dieu qui vous est donnée en toute passiveté, sans ajouter votre industrie ou activité, pour la conserver et augmenter. C’est à celui qui la donne à le faire, et à vous, mon cher Frère, à demeurer dans le plus parfait anéantissement que vous pourrez. 52

la vie qui n’est pas de Dieu et en Dieu, est plutôt une image de la vie que la véritable vie 52

Plus Dieu s’élève dans le centre de l’âme, plus on découvre de paix d’une étendue immense, où il faut aller, et un anéantissement à faire qui n’est que commencé. 52

[Arfuyen] A son ami intime, des opérations de Dieu en l’âme. 53

23 Août 1653 L 3,32 La vraie oraison c’est Dieu même en l’âme. 54

17 Septembre 1654 L 3,55 Le seul appui est la pure foi 55

L 3,61 Quel bonheur c’est de jouir de Dieu dans le centre. 56

11 Mars 1655 L 3,59 Ce Jour d’éternité est un jour de vérité 58

7 Octobre 1658 L 3,48 Quand Dieu se manifeste Lui-même et révèle, ô quelle perte ! Quel anéantissement dans une âme ! 59

Interprétation libre

1Madame Guyon : « … en l’âme comme un canal de distribution qui reçoit sans résistance toutes les grâces de son Dieu, mais qui les laisse en même temps recouler en Lui sans en rien retenir pour elle, ou bien qui ne sert que comme de canal pour donner un libre passage aux eaux de grâces, afin qu’elles cou­lent dans les jardins spirituels ». (Œuvres mystiques, Le Cantique, VII, p. 330).

2Demande provenant de Mme Guyon et il en est de même pour les suivantes. Ceci est avancé compte tenu de l’avis qui suit etappréciant le style de la jeune femme par le vécu rapporté dans sa Vie par elle-même et dans ses écrits de jeunesse conservés au sein du ms. 2057 des Archives de Saint-Sulpice (des extraits révélateurs dans Correspondance Tome III Chemins mystiques, Témoignages, pages 759-809). Et on voit mal le fidèle Poiret faire publier de tels échanges très personnels s’ils proviennent d’une autre dirigée. - Demandes absentes de [GC I) Directions spirituelles, Champion, 2003. A ajouter dans une édition future des Oeuvres de Guyon.

3 Nos italiques absentes de l'original. Il s’agit d’une demande voilée.

4Transmission mystique.

5Ancien sens de « combat singulier non prémédité ».

6 Assure de la réalité de la mystique et de ces états.

7 Majuscules dans la source.

8Cf. Jean, 12, 32.

9Cf. Jean, 12, 32.

10Admirable 81lettre qui conclut la contribution de Bertot aux volumes du Directeur mystique. Le choix numérique de 81 lettres n’est pas le fait du hasard : 81 = 3 x 3 x 3 x 3 (un tel intérêt numérique est universel, v. les 81 chapitres de La Voie et la Vertu). Dans le même esprit suivent pour ce quatrième et dernier tome du DM : 21 lettres de Maur de l’Enfant-Jésus (lettres que nous avons reproduites précédemment), équilibrées par 21 = 7 x 3 lettres nommément attribuées à Madame Guyon (la finale ou 22e étant une conclusion ajoutée), mais sans dates. Poiret a donc probablement limité son choix dans un ensemble plus vaste qui était à sa disposition (depuis disparu avec sa bibliothèque).

Cette lettre fut publiée sans attribution par J.-L. Goré, La notion d’indifférence chez Fénelon et ses sources, appendice « Sur l’anéantissement », p. 286 à 292, à partir de la pièce 6411 conservée aux A.S.-S. (4 feuillets d’une belle écriture inconnue de copiste, intitulée « Description du dernier état d’anéantissement de la vie intérieure » avec annotation de l’érudit Gosselin : « J’ignore de qui est ce fragment… ». Madame Guyon avait donc communiqué à Fénelon une copie de cette lettre de son maître. — L. Goré la rapproche des écrits de Bernières, tout en l’attribuant (sous réserve) à Fénelon. Cognet pensait à Madame Guyon, tout en notant une différence de style (Dict. Spir., art. « Guyon », col. 1330). Tout cela souligne le lien étroit qui unit Bernières, Bertot, Madame Guyon.

11Critère qui s’applique aussi à la littérature contemporaine sur ce thème.

12Cf. Chr. Int. III, 11 : « Je vis tellement habitué à ne regarder plus que Dieu seul, à ne me plaire qu’en lui, et n’avoir de la joie que pour lui seul, que je ne puis me réjouir, quand je me verrais très parfait, ni m’attrister, quand je me verrais très imparfait. Dieu m’est tout, et cela me suffit. Toute réflexion vers moi-même semble intéresser la pureté, dont je dois aimer celui qui est toute perfection par essence. Je connais que Dieu est si jaloux qu’il ne peut souffrir qu’une âme aime rien avec lui ; et il est très bien fondé en sa jalousie, car il est l’uniquement aimable. Ô que n’est-il aimé autant qu’il est aimable ! »

13Cf. Chr. Int. III, 11 : « Je vis tellement habitué à ne regarder plus que Dieu seul, à ne me plaire qu’en lui, et n’avoir de la joie que pour lui seul, que je ne puis me réjouir, quand je me verrais très parfait, ni m’attrister, quand je me verrais très imparfait. Dieu m’est tout, et cela me suffit. Toute réflexion vers moi-même semble intéresser la pureté, dont je dois aimer celui qui est toute perfection par essence. Je connais que Dieu est si jaloux qu’il ne peut souffrir qu’une âme aime rien avec lui ; et il est très bien fondé en sa jalousie, car il est l’uniquement aimable. Ô que n’est-il aimé autant qu’il est aimable ! »

14Cf. Chr. Int. III, 11 : « Mais ce parfait abandon à Dieu ne se peut faire que par le pur amour ; et le pur amour ne régnera point en nous que par une généreuse et générale mortification de toute attache à la créature, de tout plaisir et de toute imperfection. Cette mort ne s’opère qu’à proportion que nous aimons les croix ; et ainsi la croix nous cause une heureuse perte en Dieu, par un amour très pur qui nous unit à Dieu d’un lien de perfection admirable. »

15Sa vie d’ici-bas.

16vivre

17Lettre 3.30, p. 438 sv.

18« À son ami intime ». Sans doute ici Jacques Bertot.

19Cf. Chr. Int. I, 1 : « C’est être anéanti en Dieu de n’avoir plus aucun vouloir que pour vouloir ce que Dieu veut, et en la manière que Dieu veut ; autrement, on se cherche soi-même et son plaisir, et non purement Dieu. »

20Cf. Chr. Int. II, 9 : « Je n’avais jamais bien compris ce que c’était que la vue de la pureté de vertu. C’est la vue de cet état de vie surhumaine, dans laquelle l’âme ne vit plus en soi, à soi et pour soi, mais toute en Dieu, à Dieu et pour Dieu. Elle y vit toute transformée en lui, et toute séparée des créatures. »

21Cf. Chr. Int. III, 8 : « Je dois être en paix, et vivre dénué et privé de tout appui, me confiant en Dieu, qui seul me doit être toutes choses. Je dois trouver ma consolation à vivre privé de toute consolation si c’est le bon plaisir de Dieu ; je dois être content de telle portion de la Grâce qu’il lui plaira me donner. »

22À une religieuse d’une communauté de Paris, du grand trésor de posséder Dieu en présence réelle et immédiate. Il s’agit de mère Mectilde.

23La voie du renoncement à la volonté propre pour faire la volonté de Dieu

24Cf. Chr. Int I, 7: « Ô si nous savions seulement agréer toutes ces misères, qui nous mettent dans le bienheureux état d’anéantissement, nous rendrions autant de gloire à Dieu que par toutes les grandes actions, car en toutes ces privations l’âme ne trouve appui ou consolation ni en elle ni en une créature, mais en Dieu seulement. »

25Cf. Chr. Int. VI, 7 : « Ô qu’une âme qui a su concevoir les beautés de la pauvreté, a de facilité à suivre Jésus pauvre et à se conformer à tous ses états ! Elle se trouve déliée de toutes les chaînes qui captivent les hommes dans l’esclavage du monde ; il lui semble que la privation de toutes les créatures est le plus grand trésor qu’elle peut posséder sur la terre ; elle fait ses richesses de toutes les pertes ; elle se croit pauvre et misérable quand la divine Volonté ordonne qu’elle possède quelques biens, quelques honneurs ou quelques talents ; s’il dépendait d’elle de les avoir ou non, elle les quitterait promptement pour n’avoir que Dieu ; elle ne les conserve donc que par une pure dépendance à la divine Volonté, sans les aimer ni les estimer, mais aimant seulement en elles la seule Volonté de Dieu. »

26Cf. Chr. Int. VII, 9 : « Cette oraison est un simple souvenir de Dieu qui est encore plus simple qu’une pensée, n’étant qu’une réminiscence de Dieu qui est cru par la Foi nue, comme il est vu et su par la lumière de gloire dans le Ciel. C’est le même objet, mais connu différemment de l’âme : cette voie est une docte ignorance. La terre est le pays des croyants et le Ciel [celui] des voyants. Il ne faut pas savoir Dieu ni les choses divines en ce monde, mais il les faut croire. »

27Cf. Chr. Int. VII, 9 : « La Foi doit être nue, sans images ni espèces, simple sans raisonnements, universelle sans considération des choses distinctes. L’opération de la volonté est conforme à celle de l’entendement : nue, simple, universelle, point sentir ni opérer des sens, mais toute spirituelle. Il y a de grands combats à souffrir dans cette voie de la part de l’esprit qui veut toujours agir et s’appuyer sur quelque créature. L’état de pure Foi lui déplaît quelquefois fortement, mais il le faut laisser mourir à toutes ses propres opérations, estimant pour cela beaucoup et recevant volontiers tout ce qui nous aide à mourir, comme les sécheresses, aridités, délaissements, qui enfin laissent l’âme dans l’exercice de la pure Foi par laquelle Dieu est connu plus hautement que par les lumières, qui servent de milieu entre Dieu et l’âme ; et l’union de notre esprit par la Foi est pure et immédiate, et par conséquent plus relevée. »

28Cf. Chr. Int. VII, 14 : « En cet état, l’âme jouit de Dieu en Dieu, dans un parfait contentement, ne goûtant que Dieu seul qui lui est tout ; le reste ne lui est plus rien ; aussi Dieu pour la remplir de lui-même en chasse toutes les créatures. »

29saint Jean de la Croix définit ainsi ce centre le plus profond de l’âme, el centro más profundo : « Le centre de l’âme, c’est Dieu ; lorsqu’elle y sera arrivée selon toute la capacité de son être et selon la force de son opération et inclination, elle sera arrivée à son centre ultime et le plus profond, ce qui sera lorsqu’avec toutes ses forces elle saisira et aimera Dieu, et en jouira. Et tant qu’elle ne sera pas arrivée à autant que cela -- ce qui arrive en cette vie mortelle, en laquelle l’âme ne peut arriver à Dieu selon toutes ses forces --, quoiqu’elle soit en son centre, qui est Dieu, par la grâce et par la communication qu’il a avec elle, pour autant qu’elle a encore du mouvement et de la force pour davantage et qu’elle n’est pas satisfaite, quoiqu’elle soit au centre, elle n’est cependant pas au centre le plus profond, puisqu’elle peut aller au plus profond en Dieu. » Vive Flamme B I, 12.

30saint François de Sales, dans son Traité de l’Amour de Dieu, rejoint la pensée de saint Jean de la Croix : « Mais d’autres fois l’union se fait, non par des esiancemens [élancements] repetés, ains par maniere d’un continuel insensible pressement et avancement du cœur en la divine bonté ; car, comme nous voyons qu’une grande et pesante masse de plomb, d’airain ou de pierre, quoy qu’on ne la pousse point, se serre, enfonce et presse tellement contre la terre sur laquelle elle est posee, qu’en fin avec le tems on la treuve toute enterree, a cause de l’inclination de son poids qui par sa pesanteur la fait tous-jours tendre au centre, ainsy nostre cœur estant une fois joint a son Dieu, s’il demeure en cette union et que rien ne l’en divertisse, il va s’enfonçant continuellement, par un insensible progres d’union, jusques a ce qu’il soit tout en Dieu, a cause de l’inclination sacree que le saint amour luy donne, de s’unir tous-jours davantage a la souveraine bonté, car, comme dit le grand apostre de France, “l’amour est une vertu unitive,” c’est a dire, qui nous porte a la parfaite union du souverain bien. Et puisque c’est une vérité indubitable que le divin amour, tandis que nous sommes en ce monde, est un mouvement, ou au moins une habitude active et tendante au mouvement, lhors mesme qu’il est parvenu a la simple union il ne laisse pas d’agir, quoy qu’imperceptiblement, pour l’accroistre et perfectionner de plus en : plus. » TAD VII, 1.

31À son ami intime, l’abbé Bertot, sur l’état de déification.

321 Cor 2,9 : «  Mais, comme il est écrit, c’est ce que œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, et ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme, tout ce que Dieu a préparé pour ceux qui l’aiment. »

33Cf. 1 Cor 6, 17 : Celui qui s’unit à Dieu est avec lui un seul esprit. saint Jean Eucdes écrit dans la vie Admirable de Marie des Vallées Livre 10 chapitre 9 : « Notre Seigneur a fait connaître à la sœur Marie qu’il y a quatre degrés d’union de l’âme chrétienne avec Dieu. Le premier s’appelle communion, le second union, le troisième transformation, le quatrième déification.. […] Dans la transformation l’âme n’est pas encore détruite, elle s’y trouve encore. Dans la déification tout est anéanti ; il n’y a plus que Dieu. saint Jean Eudes dira en parlant de Marie des Vallées : “On voit par là qu’elle n’est plus et que c’est Dieu qui est tout en elle, et qu’Il l’a toute changée en soi et déifiée, selon les paroles qu’Il dit à saint Augustin : Non mutabor in te, sed mutaberis in me.” C’est la déification dont parle la théologie mystique : c’est le plus haut point de la grâce chrétienne qui fait que ceux qui y sont arrivés sont des Jésus-Christ vivants et marchants sur la terre. » Idem livre 6 chapitre 12.

Cf. Pensées pour la fête de l’Assomption : « Pour être bon chrétien, il faut bien savoir la science du crucifix, qui contient par degrés une haute transformation en Dieu, ou déification, qui se fait par une union très parfaite de nos volontés à celle de Dieu, lequel ayant résolu, après le péché d’Adam, de réparer sa Gloire par la vie et la mort de son Fils, et son Fils ayant agréé cette voie de mourir en Croix, c’est une admirable union à la volonté de son Père ; et pour faire cette union, il se surmonte soi-même, vivant et mourant dans des misères extrêmes. Ainsi un bon Chrétien devient un même esprit avec Dieu, par cette union admirable de sa volonté avec celle du Père éternel. »

34Cf. Chr. Int. VI, 10 : « Oserais-je bien désormais m’estimer digne du moindre sentiment de la Grâce, après l’expérience que j’ai de mes excessives misères ? Véritablement quand Dieu m’abîmerait dans les enfers, je ne m’en étonnerais pas ; au contraire, j’admirerais sa miséricorde de m’avoir tant souffert. Davantage, je ne m’étonne point de tomber, car, hélas, qu’y a-t-il à s’étonner que la fragilité même soit fragile ? Ce qui m’humilie si fort, est de sentir tant de répugnances à souffrir peu de choses. Que ferais-je si j’étais accablé de peines intérieures et extérieures ? Ô que je suis éloigné de la patience des saints, et de l’amour qu’ils ont eu pour les grandes croix ! Humiliez-vous, mon âme, humiliez-vous jusques au centre de votre néant. »

35Cf. Chr. Int. VII, 14 : « Cette plénitude de Dieu expérimentée et goûtée l’occupe avec douceur et paix. Cette disposition remplit quelquefois toutes les puissances de l’âme de sorte que l’entendement, la mémoire, la volonté, l’imagination sont toutes pleines de Dieu seul, et nulle pensée pour lors n’y peut avoir entrée, mais elles sont toutes occupées de la possession de Dieu. »

36Cf. Chr. Int. VII, 11 : « Au temps de l’actuelle oraison, l’âme ne regarde pas les effets qui s’en font en elle : elle en serait reprise intérieurement comme d’une distraction. Pour lors, son occupation est en Dieu seul, et sa Grâce présente ne la porte que là, la divertissant de toute autre pensée ; mais sans qu’elle y pense, Dieu laisse de puissantes impressions en elle, et des dispositions à la pratique des grandes vertus, surtout à aimer les croix et les anéantissements effectifs : c’est cela seul que l’âme doit aimer et rechercher, ne pouvant plaire uniquement à son Dieu que par cette voie. »

37Cf. Chr. Int VII, 10 : « C’est donc une excellente manière de s’occuper en Dieu que d’anéantir toutes nos lumières et connaissances pour entrer dans les sacrées ténèbres qui environnent Sa Majesté, car cette lumière inaccessible n’est qu’obscurité pour nous ; et il faut s’élever au-dessus de toutes vues et lumières, et perdre son entendement dans ces ténèbres et dans cette mort de nos propres connaissances, confesser que Dieu est au-dessus de toutes nos intelligences comme il est aimable au-dessus de tous nos amours. Perdre ainsi notre volonté et l’anéantir dans l’impuissance de pouvoir aimer : c’est l’aimer que d’avouer que l’on ne le peut aimer et qu’il est au-dessus de nos amours. L’âme marche de la sorte dans une perpétuelle mort et anéantissement, et ne connaît ni n’aime Dieu, ce semble, mais Dieu se connaît et s’aime en elle. »

38Cf. Chr. Int. VII, 16 : « Que l’âme se rende bien passive à la Grâce qui l’appelle à cet état ; y étant, qu’elle demeure unie en paix avec son Dieu et que, sans se mettre en soin d’autres dispositions, elle se serve de la seule union pour agir et pour souffrir, et pour tout exercice intérieur, car c’est un des plus excellents, puisque c’est un exercice de charité éminente. » 

39Cf. Chr. Int. VII,17 : « Un seul amour lui semble suffisant pour Dieu et pour l’âme aimante, étant assez qu’elle adhère à une très grande simplicité et unité à cet unique amour que Dieu a pour ses beautés et pour ses bontés infinies. L’amour particulier de l’âme s’abîme comme une goutte d’eau dans cet Océan infini d’amour par une union si intime que cela ne se peut expliquer ; et, en se perdant ainsi, il se trouve infiniment plus parfait, comme une petite étincelle de feu s’abîmant dans une grande fournaise brûle avec une ardeur toute autre qu’elle ne ferait pas par elle seule. »

40Cf. Chr. Int. V, 10 : » De dire que c’est comme les étoiles qui sont abîmées dans le soleil quand il paraît et qu’il les fait disparaître, parce que sa lumière les consume pour être tout à fait en lui, ce n’est rien dire. Il y a une distance infinie entre les choses divines et les créatures : l’âme se contente de les envisager dans la lumière de Dieu, et puis d’entrer dans l’admiration, le respect et l’amour ; »

41 « 2 % de nobles en France en 1660, 7 % de nobles espagnols ...en 1750 ! » (Thomas Piketty, Capital et idéologie,  « Les effectifs du clergé et de la noblesse : la diversité de l’Europe », pp. 194 sv., Seuil, 2019). 

42 v. Madame Guyon, Correspondance II Années de Combat, pièce 504 « Mémoire sur le quiétisme », pp. 814 sv., Champion, 2005.

43 L’estimable érudit Pourrat est le seul à étudier finement Bertot en le citant ...pour mieux l’enfoncer ! (P. Pourrat, La Spiritualité chrétienne IV Les Temps modernes, Lecoffre, 1947, conclut p.193 : « Toujours la substitution de l’action divine à l’action humaine ! » [ce qui est fort juste] puis entreprend p.195 d’« étudier ces excès, à peine croyables, du quiétisme. ».

44 Pour un choix : Jacques Bertot Directeur mystique, Éditions du Carmel, 2005.

45Grâce au concours d’André Derville, érudit, spirituel, dernier éditeur du Dictionnaire de Spiritualité.

46Clergé ? 1,4 % de la population française évalué à 19 millions en 1660 (Thomas Piketty, op.cit., tableau 2.1 p.105), devenu clergés 0,03 % d’une population atteignant 65 millions en 2014 (Piketty, note 1 p.106) ; en corrigeant pour inclure et la gent féminine et des « non référencés », cela reste sous la barre de 0,1 % ! Il est vrai que l’intérêt pour la mystique déborde les résidus religieux.

73